Plusieurs juges d'instruction et autres magistrats se sont succédé durant cette enquête longue de 31 ans.
Découverte du corps
Le 11 août 1987, le corps d'une fillette est découvert par des employés de la société Cofiroute dans un fossé longeant l'autoroute A10, sur le territoire de la commune de Suèvres dans le Loir-et-Cher. L'enfant, âgée d'environ 4 ans, est retrouvée enroulée dans une couverture, le corps portant de nombreuses traces de violences : brûlures au fer à repasser, morsures humaines (environ une vingtaine, notamment sur la poitrine), contusions dues à des coups (gifles, coups de poing, coups de pied), fractures de différentes dates et localisations, cicatrices anciennes au cou et au périnée.
Enquête initiale
Dès le lendemain de la découverte du corps, le parquet de Blois lance un appel à témoins dans toute la France, pour retrouver la famille de la fillette. Malgré une large médiatisation et la diffusion d'un portrait-robot post-mortem à 130 000 exemplaires, l'enquête piétine. Les policiers interrogent 60 000 écoles et 6 000 pédiatres, des hôpitaux, des services sociaux, sans succès. L'absence de signalement de disparition d'une enfant correspondant au profil d'Inass rend l'identification impossible. Le 12 février 1991, une première ordonnance de non-lieu est prononcée, alors que toutes les pistes explorées par les gendarmes s'épuisent une à une. Les parents sont introuvables, et la fillette n'a toujours pas de nom.
Témoin numéro 1
En 1993, l'émission Témoin numéro 1 de Jacques Pradel consacrée à cette affaire tente de la relancer avec 74 témoignages. Certaines pistes sont explorées, mais rien n'aboutit. Lors de l'émission, une piste est évoquée par un témoignage, qui indiquera ses soupçons sur la famille concernée (les Touloub). Cependant, le documentaire de Canal+ consacré à l'affaire en 2024 donne voix aux enquêteurs, qui expliquent qu'à l'époque, ces témoignages étaient vérifiés par des équipes de gendarmerie locales, n'ayant pas forcément vu l'intérieur du dossier. Il en résulte que les témoignages sont obtenus spontanément par les policiers et gendarmes locaux, effectifs différents des enquêteurs en charge du dossier, dans le cadre d'une simple enquête de voisinage. Cette enquête, non adaptée à une piste criminelle, ne permet pas de mettre au jour un lourd secret familial. Esther Paolini, journaliste au Figaro et auteure d'un livre sur ce drame, précisera qu'une certaine confusion a eu lieu lorsque les gendarmes se sont présentés au domicile des Touloub, recensant la présence de deux filles, sans prendre conscience qu'une troisième manque à l'appel.
Également, la mère de la victime, répondant aux questions sur sa fille disparue, prétend que celle-ci a quitté la France pour rejoindre ses grands-parents au Maroc, version qu'elle réitérera des décennies plus tard, une fois interpellée. En 1997, un deuxième non-lieu est prononcé.
Rebondissement grâce à l'ADN
Afin d'éviter que les faits ne tombent sous le coup de la prescription, l'enquête est relancée. Les enquêteurs procèdent alors à de premières analyses génétiques sur les pièces à conviction collectées en 1987, notamment des cheveux et des vêtements appartenant à l'enfant. Les profils génétiques des parents biologiques sont identifiés, bien qu'ils ne soient pas enregistrés dans le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). En 2013, les analyses permettent également de détecter l'ADN de deux autres membres de l'entourage familial.
En 2016, un jeune homme est interpellé pour des faits de violence. Son ADN est alors prélevé, puis transmis au FNAEG. L'ajout d'ADN étant fait manuellement par la police scientifique, la demande n'étant pas qualifiée d'« urgente », il faudra un peu plus d'un an avant qu'il ne soit traité. En 2018, une correspondance est établie entre son profil génétique et des traces retrouvées sur la couverture et les vêtements de la victime. Il s'agit du frère d'Inass. Grâce à cette correspondance, les enquêteurs remontent jusqu'à la famille Touloub, d'origine marocaine, installée à Villers-Cotterêts (Aisne). Ils découvrent que la famille avait une fille prénommée Inass, née en 1983, dont aucune trace administrative n'existe après 1987. Ils prendront plusieurs mois à reconstituer l'arbre généalogique familial, et passeront plusieurs semaines en planque, sous couverture civile (cf. le reportage de Canal+), surveillant à proximité du domicile de la mère de famille, afin d'éviter toute bévue le jour de l'interpellation. Le commandant chargé de l'enquête aura affecté à cette affaire une équipe de six gendarmes, pendant plusieurs semaines, coupés du reste de leur brigade.
Les parents sont localisés : séparés depuis 2010, la mère vit toujours dans l'Aisne, le père à Puteaux (Hauts-de-Seine). Ils sont arrêtés et mis en examen en juin 2018 pour meurtre, recel de cadavre et violences habituelles sur mineur de moins de 15 ans. Au cours de l'instruction judiciaire, la presse relate que les petits frères ont reproché aux deux grandes sœurs, qui ont connu Inass, d'avoir coopéré avec la justice, dénonçant les violences subies de leur mère.
Procédure judiciaire
Les parents s'accusent mutuellement. La mère, Halima El Bakhti, principale accusée, nie être responsable de la mort de sa fille. Elle reconnaît avoir eu des difficultés à s'occuper d'Inass, évoquant une éducation stricte mais sans intention criminelle. Elle affirme que le père était absent ou peu impliqué dans l'éducation des enfants. Le père, Ahmed Touloub, poursuivi pour complicité, nie toute implication directe dans les violences. Il affirme ne pas avoir été présent au moment des faits et ne pas avoir eu connaissance des sévices infligés à sa fille. Son avocat conteste la qualification de complicité, estimant qu'il n'a ni participé ni couvert les actes reprochés à la mère.
La mère est finalement renvoyée devant la cour d'assises pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort, et le père pour complicité. Après plusieurs recours, la Cour de cassation confirme en septembre 2024 leur renvoi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher.
Le procès est retardé en raison de l'indisponibilité d'une salle adaptée à Blois. Il se tiendra du 2 au 18 novembre 2026.
Impact médiatique et sociétal
L'affaire est souvent citée comme un exemple type de crime non élucidé pendant des années, puis résolu grâce aux progrès de la science forensique.
Dès la découverte du corps, les habitants de Suèvres ont adopté symboliquement la fillette. Sa tombe, située dans le cimetière communal, a été régulièrement fleurie par des villageois et des anonymes. Des anges, des fleurs et une plaque portant l'inscription « À la mémoire de la petite inconnue de l'A10 » ont été installés. Après l'identification d'Inass en 2018, la tombe a été refaite et porte désormais son nom : « Inass. 3 juillet 1983 - 11 août 1987 ». C'est aujourd'hui la plus fleurie du cimetière de Suèvres.
Voir aussi
Bibliographie
Esther Paolini, Qui est-elle ? : Enquête sur la martyre de l'A10, Éditions du Rocher, 2026, 224 p. (ISBN 978-2-268-11172-8 et 978-2-268-11404-0).
Dominique Verdeilhan, « La petite martyre de l'A10, ou le combat contre la prescription », dans L'audience est ouverte : chroniques d'une justice défaillante, Monaco, Éditions du Rocher, 2021, 361 p. (ISBN 978-2-268-10515-4 et 978-2-268-10537-6, lire en ligne ).
Articles connexes
Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900
Liens externes
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