Membre de l'Organisation communiste internationaliste (OCI) de 1972 à 1976, il entre ensuite au Parti socialiste (PS) et devient successivement conseiller municipal de Massy en 1983, conseiller général de l'Essonne en 1985 et sénateur en 1986. Il est également ministre délégué à l'Enseignement professionnel de 2000 à 2002, dans le gouvernement Jospin. Il fait partie de l'aile gauche du PS jusqu'au congrès de Reims en 2008, à l'issue duquel il part fonder le Parti de gauche (PG).
Sous les couleurs du Front de gauche, coalition qui réunit notamment le PG et le Parti communiste français (PCF), il est élu député européen en 2009 et réélu en 2014. Il est le candidat de cette coalition à l'élection présidentielle de 2012, à l'issue de laquelle il arrive en quatrième position, avec 11,1 % des voix.
En 2016, Mélenchon fonde le « mouvement » La France insoumise (LFI) et se présente sous cette étiquette à l'élection présidentielle de 2017. Il promeut un programme écosocialiste tout en tenant un discours anticapitaliste et antilibéral, ainsi qu'en défendant le non-alignement à l'international. Il termine à nouveau en quatrième position, réunissant 19,6 % des suffrages. Il est ensuite député des Bouches-du-Rhône et préside le groupe LFI à l'Assemblée nationale jusqu'en 2021.
En 2022, il se présente pour la troisième fois à l'élection présidentielle : il réalise son score le plus élevé, remportant 22 % des voix et arrivant largement en tête parmi les candidats de gauche, mais échoue une nouvelle fois à accéder au second tour, terminant troisième. Pour les élections législatives deux mois plus tard, lors desquelles il ne brigue pas de second mandat, il est le chef de file de la coalition Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES), qui devient la principale force d'opposition de l'Assemblée et prive Emmanuel Macron d'une majorité absolue.
Sans mandat électif à partir de juin 2022, Mélenchon reste actif dans le débat public et devient en 2023 coprésident du laboratoire d'idées affilié à LFI, l'Institut La Boétie. Il annonce en 2026 sa candidature à l'élection présidentielle de 2027.
À partir des années 2010, Mélenchon est une personnalité très clivante en France. De nombreux observateurs soulignent son talent d'orateur et ses compétences politiques, mais critiquent également son penchant pour la provocation et sa tendance à enflammer les débats par des propos suscitant des contestations, des controverses et des polémiques.
Situation personnelle
Naissance
Jean-Luc Mélenchon est issu d'une famille de pieds-noirs installés en Algérie française et d'origines espagnole et italienne.
Son père, Georges Mélenchon, né en 1922 à Oran et mort en 2007 à Perpignan, est receveur des Postes, télégraphes et téléphones et le fondateur de la première station de radio de Tanger. Sa mère, Jeannine Bayona, née en 1928 à Staoueli en Algérie et morte en 2006 à Perpignan, est institutrice.
Son grand-père paternel, Antonio Melenchón, né en 1891 à Mula, en Espagne, émigre en Algérie française où il épouse, en 1921 à Oran, Aimée Canicio, née en 1898 à Sidi Bel Abbès, elle-même issue d'une famille d'origine espagnole.
Son grand-père maternel, François Bayona, né en 1889 à Valence en Espagne, épouse en 1928 à Staoueli Jeanne Emmanuelle Caserta, née en 1896 à Guyotville en Algérie française, d'une famille sicilienne.
En conséquence de ses origines, de la proximité géographique et de l'influence culturelle espagnoles sur Tanger et de la gouvernante de la famille qui était espagnole, Jean-Luc Mélenchon parle couramment l'espagnol.
Jeunesse
En 1962, à la suite du divorce de ses parents deux ans plus tôt, sa mère quitte le Maroc pour la France et s'installe avec lui à Elbeuf, puis à Yvetot, dans le pays de Caux avant d'être mutée dans le Jura.
Bachelier en 1969 après avoir été scolarisé au lycée Rouget-de-Lisle de Lons-le-Saunier, Jean-Luc Mélenchon obtient une licence de lettres modernes et une licence de philosophie auprès de la faculté de lettres et sciences humaines de l'université de Besançon en 1972. Parallèlement, il s'engage très activement auprès de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) et dès ses licences en poche, il entre formellement en politique en rejoignant l'Organisation communiste internationaliste (OCI), une organisation trotskiste de tendance lambertiste alors à son apogée.
Positions religieuses et philosophiques
Jean-Luc Mélenchon reçoit une éducation catholique par sa mère : il est notamment enfant de chœur. Cependant, sa mère s'éloigne ensuite de la religion. C'est pourquoi il ne se revendique d'aucune foi et affirme simplement être de « culture catholique ».
Motivé par le tournant de la rigueur entrepris par le gouvernement socialiste en 1983, il intègre la loge franc-maçonne Roger Leray du Grand Orient de France (GODF) où il a comme thèmes de prédilection l'idéal républicain et la défense de la laïcité. Outre cette filiation politique, il trouve dans la franc-maçonnerie une filiation personnelle, son père et son grand-père étant eux-mêmes maçons.
En 1984, lors des débats relatifs à la loi Savary, il reproche au GODF de ne pas s'engager pleinement dans la bataille en faveur de l'unification des enseignements public et privé au sein d'un grand service public de l'Éducation nationale. Amer, il reste franc-maçon mais de manière peu assidue, sans s'impliquer fortement dans les affaires internes du GODF et refusant de participer aux « fraternelles parlementaires » qu'il dénonce comme étant de son point de vue une « déviance grave, un attentat contre la République ». En octobre 2018, Jean-Luc Mélenchon fait l'objet d'une demande de suspension temporaire par le conseil de l'Ordre du GODF à la suite de son comportement lors des perquisitions menées à son domicile parisien et dans les locaux de La France insoumise.
En 2016 , Le monde titre "Chantal Mouffe, la philosophe qui inspire Mélenchon" dont le modèle politique s'oppose à ceux de la démocratie délibérative et de la démocratie libérale s'associant à la critique formulée par Carl Schmitt. En 2017, dans Le 1, Jean-Luc Mélenchon dit : "l’insoumission est un nouvel humanisme" et affirme avoir des repères fixes: le matérialisme historique. Il a été proche de l’historien marxiste Denis Collin qui depuis 2014 se déclare conservateur dans des revues d'extrême droite (Krisis, Élément(s), Front Populaire et en 2019 à la Nouvelle Action royaliste.
Jean-Luc Mélenchon quitte sa loge maçonnique au printemps 2020, à la suite des accusations de communautarisme qu'il a portées contre le CRIF.
Vie privée
Il se marie à Besançon avec Bernadette Abriel, une bibliothécaire, avec laquelle il a une fille et dont il divorce. Leur fille, Maryline Camille Mélenchon, née le 22 décembre 1974, est adjointe au maire du 4e arrondissement de Lyon, de mars 2008 à février 2009, et l'épouse depuis 2016 de Gabriel Amard, ancien secrétaire national du Parti de gauche et ancien maire de Viry-Châtillon, élu député en 2022, puis sénateur en 2026.
Jean-Luc Mélenchon se montre discret sur sa vie privée. Bien qu'il déclare être célibataire depuis son divorce, il est lié durant les années 1990 jusqu'à 2002 à Pascale Le Néouannic, élue socialiste d'Antony et conseillère régionale, qui le suivra au Parti de gauche (PG).
Lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2017, Sophia Chikirou, sa conseillère en communication, dément des rumeurs selon lesquelles elle serait la compagne de Jean-Luc Mélenchon. Cependant, selon les journalistes Charlotte Belaïch et Olivier Pérou — coauteurs du livre La Meute —, leur union se serait formée en 2009 au Sénat et elle est à la fin de l'année 2010, brièvement et à deux reprises, son assistante parlementaire. Au début des années 2010, Sophia Chikirou collabore ponctuellement à des campagnes de communication en Équateur. Durant cette période, Jean-Luc Mélenchon partage la vie de Fatima Benomar, une jeune militante du Parti de gauche, de 2011 à 2014, avant que Sophia Chikirou ne s'impose comme figure centrale de l'entourage du dirigeant politique.
En octobre 2018, le site Mediapart écrit que Jean-Luc Mélenchon entretient « une relation extra-professionnelle » avec Sophia Chikirou. Il dément à son tour, en déclarant « Sophia Chikirou n'est pas ma compagne » et dénonce une « agression » et une « ignominie », l'article de Mediapart relatant l'arrivée des policiers pour une perquisition au domicile personnel de Jean-Luc Mélenchon, où elle dormait selon lui dans la chambre d'amis, dans le cadre d'une quinzaine d'autres perquisitions visant l'utilisation de ses frais de campagne de 2017. Peu après, en décembre 2018, Le Point affirme à son tour que Sophia Chikirou est sa compagne, en précisant depuis au moins 2011, et Closer publie une photo d’elle, marchant côte à côte avec Jean-Luc Mélenchon, bras dessus, bras dessous, en ville. Ce dernier demande alors en référé le versement de dommages et intérêts de la part de Mondadori, qui édite Closer. En août 2019, il est finalement débouté de sa demande et condamné à verser 2 500 euros pour frais de procédure. En 2023, Le Figaro évoque « un couple politique et conjugal ».
Parcours professionnel
Il est d'abord correcteur pour l'imprimerie Néo-Typo de Besançon, puis travaille quelques mois comme ouvrier dans une usine de l'entreprise horlogère Maty et employé de station-service.
Après un an de vie ouvrière, il entame une carrière dans l'Éducation nationale d'abord comme surveillant, puis maître auxiliaire au lycée du Bois à Mouchard. Ayant obtenu le CAPES de lettres modernes, il retourne à Lons-le-Saunier en 1976 en tant que professeur de français dans un lycée technique.
Durant cette période, il est parallèlement journaliste pigiste pour les Dépêches du Jura, où il signe ses papiers du pseudonyme de Jean-Louis Mula.
À partir de mai 1978, il collabore en qualité de dessinateur à l'hebdomadaire catholique d'information La Croix jurassienne, sous le pseudonyme de Moz. Il y publie notamment les « Actualités indiennes », une série de strips en trois cases où des Amérindiens discutent de politique. Jean-Luc Mélenchon rapportera avoir été écarté par le directeur de la rédaction, qui aurait invoqué un « problème idéologique » dû à ses positions en faveur du droit à l'avortement.
Parcours politique
Débuts trotskistes et à l’UNEF (1968-1976)
En mai 1968. alors qu'il n'est encore qu'un élève au lycée Rouget-de-Lisle de Lons-le-Saunier dans le Jura, il est l'un des meneurs du mouvement lycéen de la ville.
Il obtient son baccalauréat en 1969 et dès son entrée à la faculté des lettres et sciences humaines de Besançon en septembre 1969, il rejoint l'Union nationale des étudiants de France (UNEF).
Mais à l'issue des évènements de mai-juin 1968 à Besançon, la Ligue communiste et le Parti socialiste unifié (PSU), majoritaires dans l'AGEB-UNEF, appuient une prise en main de l'UNEF par les partisans de sa mutation en « mouvement politique de masse ». Jean-Luc Mélenchon y est opposé et rejoint l'Organisation communiste internationaliste (OCI), courant trotskiste d'obédience lambertiste, qui tente de contrer cette politique.
Jean-Luc Mélenchon participe alors aux efforts pour reconstruire une cellule locale de l'UNEF, à la fois contre le courant syndical issu de l'Union des étudiants communistes (UEC) — qui anime l'UNEF Renouveau, lequel choisit de participer aux conseils de gestion créés par la loi Faure et prend finalement le contrôle de l'AGEB historique —, et contre le courant de la direction nationale de l'UNEF, issue du PSU — laquelle a pour projet la transformation de ce syndicat étudiant en mouvement politique révolutionnaire —, et ce jusqu'à la scission de l'UNEF, en 1971. C'est à ce titre qu'il devient président de l'union locale étudiante (UGEB), puis intègre le bureau national de l'UNEF-US en 1974. Sa liste aux élections du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) en 1975 obtient 60 % des suffrages exprimés.
C'est l'époque où le Parti socialiste (PS) de François Mitterrand reconstitué au congrès d'Épinay en 1971, occupe progressivement à gauche tout l'espace du socialisme démocratique, mettant le Parti communiste français (PCF) en difficulté électorale. Il n'adhère pas au PCF en raison du refus de celui-ci de condamner l'invasion de la Tchécoslovaquie par le pacte de Varsovie en 1968 pour mettre fin au printemps de Prague, un événement qui, selon ses propos, le marque plus politiquement que Mai 68 et fut l'une des causes de son adhésion à l'OCI.
De 1972 à 1976, il est le dirigeant de l'OCI à Besançon, où cette organisation d’extrême gauche est bien implantée. Pendant ces années, sous le pseudonyme de « Santerre », il participe à des luttes étudiantes et ouvrières en Franche-Comté — en particulier la grève des Lip, importante entreprise horlogère bisontine démantelée quelques années plus tard. Cette expérience l'amène progressivement à prendre ses distances avec la conception léniniste du parti (« ma vraie divergence, c'est que je n'ai jamais cru à l'avant-gardisme », a-t-il expliqué plus tard). Cela lui vaut, selon lui, d'être « radié » de l'organisation — Charles Berg, dirigeant lambertiste, affirme de son côté qu'il a « négocié son départ » avec lui. Pour Denis Sieffert et Laurent Mauduit, anciens militants de l'OCI, il s'agit d'une manœuvre d'entrisme organisée par Pierre Lambert pour le placer « à l'intérieur du PS »
Militant socialiste mitterrandiste (1976-1986)
Jean-Luc Mélenchon quitte Besançon pour entrer dans la vie professionnelle à Lons-le-Saunier dans le Jura et adhère au PS en septembre 1976. Il y occupe des responsabilités locales (secrétaire de section adjoint de Montaigu) et départementales et développe un journal fédéral qui combat pour l'union PS-PCF ; c'est l'époque où le second rompt les accords d'union de la gauche sur un programme commun de gouvernement. À la fin des années 1970, il dirige La Tribune du Jura, le mensuel de la fédération socialiste du Jura mais qui finit par péricliter.
Il est remarqué lors d'une fête jurassienne du Poing et la Rose par Claude Germon, maire de Massy, en région parisienne, et membre du bureau exécutif du PS responsable du secteur entreprise du Parti socialiste. Sans travail stable une fois sa candidature écartée à Voix du Jura, il devient directeur de cabinet de Claude Germon. Il s'installe dans l'Essonne et fonde un bulletin hebdomadaire intitulé Données et arguments.
Il devient un des principaux dirigeants mitterrandistes de la fédération de l'Essonne, ce qui le conduit au poste de premier secrétaire de cette fédération au congrès de Valence en 1981 — il conserve cette fonction jusqu'en 1986. Se positionnant à la fois contre la Deuxième gauche rocardienne et le Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste (CERES) de Jean-Pierre Chevènement, il s'oppose à la rocardienne Marie-Noëlle Lienemann, par associations locales et radios interposées. Ainsi, quand cette dernière crée Radio Massy-Pal, il fonde Radio Nord Essonne et offre son premier emploi à l'animateur Arthur lors de la fusion des deux émetteurs. Il travaille à l'organisation du courant mitterrandiste, en Essonne d'abord puis à travers sa publication Données et arguments, qui sera le creuset d'un courant ancré à la gauche du parti.
Hispanophone, il développe à Massy la solidarité avec les milieux communistes de l'Amérique du Sud, organisant un rassemblement de Chiliens et d'Argentins.
En 1985, il est élu conseiller général du canton de Massy-Ouest, lors des élections cantonales.
Il est élu sénateur lors des scrutins de 1986 à l'âge de 35 ans, plus jeune de France.
De la Gauche socialiste à Pour la République sociale (1988-2005)
Fondateur avec Julien Dray de la Gauche socialiste en 1988, il s'oppose à la politique d'ouverture de la seconde présidence de François Mitterrand, prenant pour cible Michel Rocard et la « gauche molle », ainsi qu'à l'entrée de la France dans la première guerre du Golfe — contre la majorité de son parti et le président.
Lors du congrès de Rennes de 1990 où aucune motion n'atteint 30 %, l'aile gauche du parti part divisée en quatre, Jean-Luc Mélenchon conduit sa propre motion, qui obtient 1,35 % des voix. En juin 1990, il dépose au Sénat une proposition de loi pour la création d'un « contrat de partenariat civil », texte précurseur de ce qui deviendra le Pacs en 1999.
En 1992, il est battu aux élections cantonales dans le canton de Massy-Ouest qu'il avait conquis en 1985 : ses 38,43 % sont insuffisants face aux 39,71 % du candidat de droite Vincent Delahaye. Il attribue sa défaite de 73 voix au maintien au second tour de Guy Bonneau (Génération écologie).
En 1992, il appelle à voter en faveur du traité de Maastricht, qu'il considère comme un « compromis de gauche ». Dans un discours au Sénat, il considère que la monnaie unique est l'instrument majeur qui permettra à l'Europe d'être « porteuse de civilisation, de culture, de réseaux de solidarité » contre le dollar, qui « porte la violence ».
Tout en continuant à défendre l'existence de la monnaie unique, il regrette rapidement son choix sur le traité de Maastricht et dépose avec la Gauche socialiste un amendement, intitulé « Tourner la page de Maastricht », à une convention du PS de 1996. Il déclare par la suite que ce sont les opposants à ce traité qui avaient raison et que l'objectif affiché à l'époque est un « échec total ».
Courant longtemps stable et solide, la Gauche socialiste présente sa propre motion lors de trois congrès du PS jusqu'à sa disparition en 2002. Elle obtient des scores oscillant entre 7,3 % et 13,3 % des suffrages exprimés.
Bien que mitterrandiste, Jean-Luc Mélenchon soutient en 1993 l'accession de Michel Rocard au poste de premier secrétaire du Parti socialiste, ce qui lui permet d'accéder lui-même à la direction du Parti, puisqu'il devient chargé de la presse : « Rocard, qui plaidait pour le consensus quand il était à Matignon, ne parle plus d’alliance avec les centristes mais d’un axe avec les socialistes, les communistes et les écologistes. Voilà le changement… ».
De 1993 à 1995, il est directeur politique de l'hebdomadaire du Parti socialiste Vendredi.
Lors du congrès de Brest en 1997, Jean-Luc Mélenchon se présente au poste de premier secrétaire du PS. Seul concurrent face à François Hollande, il obtient 8,81 % des voix, un score inférieur à celui de la motion de la Gauche socialiste et vit cette défaite comme une humiliation. En 2009, il affirme que François Hollande n'a pas tenu sa parole de lui accorder un score de 15 % conformément à leur accord et indique lui avoir dit qu'il ne lui « pardonnerai[t] jamais ».
Les 22 et 23 avril 1998, il va à l'encontre de la position du parti et est l'unique sénateur du groupe socialiste à voter contre le projet de loi d'intégration de la Banque de France au système européen de banques centrales et contre la résolution sur le passage à l'euro. Il affirme à cette occasion que face au « capitalisme transnationalisé », l'intégration économique européenne « donne l'illusion de la puissance, alors qu'elle est, au contraire, le moyen d'un enfermement ». À la suite de ce vote, il est sanctionné, comme cinq autres parlementaires, par le bureau national du Parti socialiste et reçoit du premier secrétaire, François Hollande, une lettre de blâme.
Jean-Luc Mélenchon et ses collègues du courant de la Gauche socialiste s'opposent, les mois suivants, au traité d'Amsterdam, qu'ils critiquent notamment pour l'absence de gouvernement économique et le manque d'avancée vers l'Europe sociale. Selon eux, ce traité constitue une menace pour le modèle social français et ne peut mener qu'à « de graves risques sociaux, économiques, dangereux pour la démocratie ». Lors de la ratification du traité en Congrès le 18 janvier 1999, il fait partie des cinq parlementaires du groupe socialiste à voter contre le texte.
En mars 2000, il accepte de participer au gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin comme ministre délégué à l'Enseignement professionnel auprès du ministre de l'Éducation nationale Jack Lang, après avoir refusé les secrétariats d'État au Logement en 1997 et à l'Outre-Mer. Son passage à ce ministère délégué est notamment marqué par une réforme des certificats d'aptitude professionnelle (CAP), une réforme de la validation des acquis, et la création du label « lycée des métiers ». Il occupe cette fonction jusqu'à l'élection présidentielle de 2002, qui voit le Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, éliminé au premier tour.
Tirant le bilan de la défaite électorale d'avril 2002, lorsque la composante animée par Julien Dray fait le choix de passer dans l'équipe de François Hollande, Jean-Luc Mélenchon cofonde le courant Nouveau Monde, avec Henri Emmanuelli. Leur motion obtient 16,3 % des voix au congrès de Dijon, un score équivalent à celui du NPS, l'autre principale formation de l'aile gauche du parti.
Après la victoire du « oui » au référendum interne au Parti socialiste sur le projet de traité établissant une Constitution pour l'Europe, il enfreint les consignes de son parti et fait campagne aux côtés de Marie-George Buffet (PCF), Olivier Besancenot (LCR) et José Bové (Confédération paysanne) lors de meetings pour le « non ». La campagne du « non » amène l'éclatement de Nouveau Monde : alors qu'Henri Emmanuelli crée un nouveau courant, Alternative socialiste, Jean-Luc Mélenchon crée Trait d'union (TU). Il fonde dans le même temps l'association Pour la République sociale (PRS), en dehors du Parti socialiste, dans le but de formuler et de faire vivre une orientation « républicaine et antilibérale » dans la gauche française. PRS se prononce pour une force politique nouvelle qui prenne en compte à la fois l'échec de ce qui fut le modèle soviétique et l'« impasse » d'une social-démocratie européenne accompagnant les « réformes » du néolibéralisme.
Il défend l'idée selon laquelle le candidat socialiste pour l'élection présidentielle de 2007 doit être une personne qui a défendu le « non » au référendum sur la Constitution européenne, car cette échéance coïncide selon lui avec le calendrier européen pour une renégociation du traité constitutionnel, qui devrait s'appliquer à partir de 2009. Dans cet esprit, pour Jean-Luc Mélenchon, Laurent Fabius est le mieux placé pour l'élection présidentielle de 2007.
Dernières années au Parti socialiste (2005-2008)
Lors du congrès du Mans, en novembre 2005, Trait d'union dépose une contribution. L'aile gauche du PS, malgré le consensus de ses dirigeants sur la question européenne, part cependant divisée, TU rejoignant la motion conduite par Laurent Fabius et soutenue par Marie-Noëlle Lienemann, tandis que les autres meneurs de l'aile gauche se rassemblent derrière la motion présentée par le NPS. La première obtient 21,2 %, la seconde 23,6 %, tandis que les militants reconduisent la majorité sortante de François Hollande (53 %). Dans le cadre de l'élection primaire organisée un an plus tard au PS pour départager les candidats à la candidature socialiste à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon apporte à nouveau son soutien à Laurent Fabius.
À ce titre, il déclare en août 2005 :
« Il n'y a pas cinquante candidats pour l'élection présidentielle de 2007 au PS, au point où nous en sommes, il n'en reste que deux : Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Ce sont deux hommes intelligents, qui ont bonne mine, mais il faut bien les démarquer sur quelque chose donc sur leurs idées et leurs engagements. […] Je souhaite que le PS ne fasse pas l'erreur d'aller présenter un candidat qui aurait été partisan du oui [à la Constitution européenne, ce qui est le cas de Dominique Strauss-Kahn]. Par raisonnement, je déduis que c'est Laurent Fabius qui doit être candidat. […] Fabius a été ministre, il est capable de diriger le pays. Je vais le soutenir, mais pas de chèque en blanc. »
Le surlendemain de l'investiture de Ségolène Royal par le Parti socialiste, à laquelle il s'était opposé, il assiste à un meeting de la gauche antilibérale, laissant planer le doute sur son éventuel soutien à sa candidature à l'élection présidentielle.
Après l'échec des collectifs unitaires à se réunir derrière une candidature commune, il écrit sur son blog, affirmant son soutien à Ségolène Royal : « Une partie de l'électorat politisé de la gauche se démobilise. Il ne se sent pas représenté. Une partie de la population électorale parmi les désemparés (par la dureté de la vie) — désorientés (par l'absence d'alternative politique radicale intelligible) va continuer à flotter entre l'indifférence écœurée et les poussées de colère électorale aveugle. Enfin, la centralité de la candidature socialiste à gauche est désormais totale, que cela plaise ou pas, parce qu'elle paraît la seule efficace pour atteindre le programme commun le plus élémentaire : être présent au deuxième tour et battre la droite ». La défaite de cette dernière au second tour du scrutin présidentiel, face au candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy, l'amène à critiquer de manière très vive la stratégie de l'ex-candidate, notamment par le biais de son livre En quête de gauche.
À l'occasion du congrès de Reims en septembre 2008, Trait d'union dépose une nouvelle contribution. Appelant à l'union de toutes les tendances de l'aile gauche du PS, Jean-Luc Mélenchon parvient très tôt à un accord avec le courant Forces militantes animé par le député nordiste Marc Dolez. Mais les autres tendances, rassemblées autour du Nouveau Parti socialiste de Benoît Hamon et Henri Emmanuelli, hésitent longtemps entre cette stratégie et un soutien à la motion conduite par Martine Aubry et Laurent Fabius. La veille du dépôt des motions, un accord est finalement conclu entre les sept contributions de l'aile gauche du PS, et Jean-Luc Mélenchon fait partie des signataires de la motion C intitulée « Un monde d'avance », conduite par Benoît Hamon. Il a qualifié ce rassemblement d'« événement historique » : cette motion rassemble en effet pour la première fois toutes les sensibilités de l'aile gauche du PS, avec des personnalités emblématiques de cette tendance comme Gérard Filoche, Marie-Noëlle Lienemann ou Paul Quilès.
Le 6 novembre 2008, les militants socialistes votent pour départager les différentes motions. La motion soutenue par Ségolène Royal arrive en tête avec environ 29 % des suffrages exprimés, tandis que celle conduite par Benoît Hamon arrive en quatrième position avec 18,5 %. Pour Jean-Luc Mélenchon, c'est une victoire de la majorité sortante, qui emporte 80 % des suffrages et, parmi ces voix, quelques-unes prônent l'alliance au centre. S'estimant trop éloignés de cette tendance au point qu'il ne soit pas utile de prendre part au congrès, Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez annoncent le 7 novembre leur décision, « par fidélité à leurs engagements » et dans un souci d'indépendance d'action, de quitter le Parti socialiste, pour créer un nouveau mouvement « sans concession face à la droite ».
Ils annoncent « la construction d'un nouveau parti de gauche », simplement intitulé le « Parti de gauche » (sur le modèle allemand de Die Linke), et appellent « à la constitution d'un front de forces de gauche pour les élections européennes ». Le 18 novembre, à l'occasion d'une rencontre avec le Parti communiste français, les deux partis ont annoncé leur alliance sous forme de « partenariat », dans le cadre d'un « front de gauche pour une autre Europe démocratique et sociale, contre la ratification du Traité de Lisbonne et les traités européens actuels ». Le meeting de lancement du Parti de gauche se tient le 29 novembre 2008 à Saint-Ouen, en présence du coprésident de Die Linke, Oskar Lafontaine.
Fondation et émergence du Parti de gauche (2009-2012)
Le Parti de gauche (PG) est fondé le 1er février 2009 lors du Congrès de Limeil-Brévannes, en présence de quelque six cents délégués venus de tous les départements dans lesquels des comités du parti se sont formés. Jean-Luc Mélenchon est élu président du bureau national, puis coprésident de ce parti (en binôme avec Martine Billard) lors du congrès du Mans en novembre 2010.
À l'occasion de cette fondation s'inspirant du modèle de Die Linke, un secrétariat national au combat écologique (confié à Corinne Morel Darleux) est fondé pour réconcilier socialisme et écologie. Il s'inspire en partie des théories de la décroissance pour réaffirmer l'idée forte d'une organisation de gauche sociale et écologique. Le développement des énergies alternatives, du fret et du ferroutage sont donc des chevaux de bataille décisifs pour le PG et son président Mélenchon qui considère qu'« écologie et capitalisme sont incompatibles ».
Bien qu'il ait réalisé l'essentiel de sa carrière politique dans l'Essonne, la répartition des candidatures au sein du Front de gauche l'amène à conduire la liste présentée par la nouvelle alliance dans la circonscription Sud-Ouest lors des élections européennes de juin 2009. Cette liste obtient 8,15 % des suffrages exprimés, le meilleur résultat du Front de gauche, et lui permet de devenir député européen. Selon Lilian Alemagna et Stéphane Alliès, son appartenance à la franc-maçonnerie aurait pesé dans le choix du Sud-Ouest, dont Jean-Luc Mélenchon apprécie la tradition radicale et laïque.
Il entretient des relations plus développées avec les élus européens du sud de l'Europe qu'avec les Allemands de Die Linke et plusieurs autres élus des pays du nord et de l'est du continent. Il est, lors de la mandature allant de 2009 à 2014, quatrième vice-président de la commission des Affaires étrangères de l'Union, même s'il n'a été présent à aucune des réunions en 2013.
Dès lors, en octobre 2009, il se dit disponible pour se présenter aux élections régionales françaises de 2010 en tant que tête de liste dans la région Languedoc-Roussillon. Puis, à la suite de l'affaire Jean Sarkozy portant sur la direction de l'EPAD, situé dans le département des Hauts-de-Seine, au sein du quartier de la Défense, il signale sa disponibilité pour mener la liste Front de gauche en Île-de-France pour remporter la bataille de la direction à gauche. Pierre Laurent, futur secrétaire fédéral du PCF, conduit le Front de gauche en Île-de-France, Jean-Luc Mélenchon n'étant pas candidat aux élections régionales.
Candidature à l'élection présidentielle de 2012
Pressenti candidat à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon connaît en octobre et en novembre 2010 une percée médiatique, de par une présence importante dans la presse et à télévision, mais aussi lors de manifestations. Son ouvrage Qu'ils s'en aillent tous !, pamphlet contre les élites et avant-goût de programme électoral, connaît de très bons chiffres de ventes (16 000 exemplaires en un mois, 50 000 en trois). Il s'y créé un personnage populaire, qui « parle au peuple à la façon du peuple », s'opposant à l'élite strauss-kahnienne — Dominique Strauss-Kahn est à ce moment le favori du Parti socialiste. Le résultat immédiat de cette communication est cependant très mesuré, sa popularité et ses résultats dans les sondages préélectoraux étant toujours faibles.
Mélenchon propose officiellement sa candidature le 21 janvier 2011. Il obtient successivement le soutien du Parti de gauche, de Gauche unitaire et de la Fédération pour une alternative sociale et écologique. Le 5 juin 2011, 63,6 % des huit cents délégués du Parti communiste français réunis lors d'une conférence nationale à Montreuil votent en faveur d'une résolution politique incluant la candidature de Jean-Luc Mélenchon en vue de l'élection présidentielle de 2012. Lors d'une consultation interne qui se tient du 16 au 18 juin 2011, les militants communistes se prononcent majoritairement en faveur de sa candidature (59,12 %) face à celles d'André Chassaigne (36,82 %) et d'Emmanuel Dang Tran (4,07 %). Jean-Luc Mélenchon devient ainsi le candidat officiel du Front de gauche pour l'élection présidentielle de 2012. Il reçoit le soutien de l'ensemble des composantes du Front de gauche, d'autres partis comme les Alternatifs, et de plusieurs dirigeants du Nouveau Parti anticapitaliste qui le préfèrent au candidat présenté par leur parti, Philippe Poutou.
Au cours de sa campagne, Jean-Luc Mélenchon tient de nombreux meetings qui connaissent de vrais succès d'affluence. Il rassemble jusqu'à cent vingt mille personnes, selon les organisateurs, lors d'une « marche pour la Sixième République » organisée place de la Bastille, à Paris, le 18 mars. Le candidat du Front de gauche connaît une progression constante dans les sondages ; le sondeur CSA lui attribue ainsi 13 % d'intentions de vote le 21 mars. Le 22 mars 2012, en recueillant 14 % des intentions de vote selon un sondage BVA, il devance, dans ce sondage, François Bayrou et Marine Le Pen, qu'il prend souvent pour cible dans le cadre de sa campagne. Le 27 mars 2012, le Front de gauche réunit vingt-trois mille personnes lors de son meeting à Lille. La semaine suivante, après deux meetings en salle comble, à Vierzon et Limoges, il réunit près de soixante-dix mille personnes place du Capitole à Toulouse et près de cent vingt mille, selon les organisateurs, sur la plage du Prado à Marseille le 14 avril.
Le 11 avril 2012, il reçoit le soutien du président équatorien Rafael Correa. Le 18 avril 2012, un manifeste intitulé « Pour nous, c'est Mélenchon » est lancé par plus de mille universitaires, chercheurs, artistes « travailleurs de la culture » appelant à voter en sa faveur.
Lors de la dernière semaine de l'élection, sa présence, quatre ans auparavant en 2008, lors la remise de la Légion d'honneur à Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy, est évoquée, ce qui provoque une courte polémique.
Totalisant 11,10 % des voix (3,98 millions de voix) au premier tour, Jean-Luc Mélenchon termine quatrième de cette élection présidentielle, derrière Marine Le Pen et devant François Bayrou.
Selon Le Figaro son score ajouté à ceux du NPA (1,15 %) et LO (0,56 %) revient au total de ceux du PCF et des deux partis d'extrême gauche à la présidentielle de 2002, qui avait ensuite été divisé par deux par le vote utile à la suivante, en 2007, où ces trois partis n'avaient réuni que 7%, dont 1,93 % pour le PCF, 1,33% pour LO et 4,08% pour le NPA, tandis qu'EÉLV s'était effondré à 1,57% contre 5,25% en 2002.
En appelant dès le soir du premier tour à voter contre Nicolas Sarkozy, il demande à ses électeurs de voter pour le candidat du Parti socialiste François Hollande, sans toutefois prononcer le nom de ce dernier.
Selon un sondage OpinionWay-Fiducial-Le Figaro conduit le jour du vote du premier tour de l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a dépassé son score général, dans plusieurs catégories à qui il s'était adressé en particulier : 15 % chez les ouvriers, 14 % chez les professions intermédiaires, 18 % chez les intérimaires, 17 % chez les personnes vivant dans un foyer dont les revenus mensuels sont inférieurs à 999 € par mois, 23 % chez les électeurs de confession musulmane, 18 % chez les « sans-religion » et 16 % chez les 18 à 24 ans.
Candidature aux élections législatives de 2012 dans le Pas-de-Calais
À l'issue de l'élection présidentielle, il se présente aux élections législatives dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais face à Marine Le Pen, à qui il espère « faire barrage ».
Pendant cette campagne, il est notamment la cible d'une opération de propagande noire des militants du front national, qui confectionnent et diffusent dans la circonscription, en se faisant passer pour des militants du Front de gauche, un faux tract rédigé en arabe appelant à voter pour Jean-Luc Mélenchon. Marine le Pen reconnaît les faits et se félicite d'avoir réussi un « coup médiatique ».
Jean-Luc Mélenchon obtient 21,5 % des votes exprimés au premier tour, juste derrière les 23,7 % de Philippe Kemel (PS) mais loin derrière les 42,3% de Marine Le Pen. N'ayant pas atteint le seuil de 12,5 % des inscrits, il ne peut se qualifier pour le second tour et appelle à faire battre la candidate frontiste. Philippe Kemel est ainsi élu de justesse, malgré la progression de 4 414 voix par Marine Le Pen.
Même si la presse y voit un second échec après l'élection présidentielle, il relativise en soulignant sa progression de 965 voix par rapport à la présidentielle dans cette circonscription ouvrière et populaire, située au cœur du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, où il a, une semaine avant le 1er tour, participé à une marche de 6 000 personnes commémorant celle des femmes résistantes vers les grands bureaux de la Compagnie des mines de Courrières à Billy-Montigny, menées par Émilienne Mopty en pleine grève des mineurs de mai-juin 1941.
Opposant sous la présidence Hollande (2012-2017)
Dans un discours de 2012, il précise sa stratégie de conquête du pouvoir, inspirée de la révolution bolivarienne : « l’hégémonie politique a un préalable : il faut tout conflictualiser […] pour transformer un peuple révolté en peuple révolutionnaire » qu’il confirmera régulièrement par la suite.
Le 6 décembre 2012, Jean-Luc Mélenchon rencontre Julian Assange à l'ambassade d'Équateur à Londres, prenant la défense du fondateur de WikiLeaks, menacé d'extradition vers les États-Unis pour des crimes qu'il nie avoir commis.
Il se rend, le 10 février 2013, sur la tombe de Chokri Belaïd, homme politique tunisien assassiné quelques jours avant son arrivée au Maghreb.
Au printemps 2013, Jean-Luc Mélenchon appelle à une manifestation de masse, baptisée « Marche citoyenne pour la VIe République », organisée à Paris le 5 mai 2013 par le Parti de gauche entre la place de la Bastille et la place de la Nation. Elle réunit cent quatre-vingt mille personnes selon les organisateurs et trente mille selon la préfecture.
Le 1er décembre 2013, il dirige à Paris une nouvelle manifestation pour la « révolution fiscale », protestant notamment contre les hausses de TVA décidées par le gouvernement Ayrault. Elle réunit cent mille personnes selon les organisateurs et sept mille selon la police. Une polémique concernant ces chiffres, ainsi que les conditions d'une interview donnée à la chaîne TF1, mettent en cause Jean-Luc Mélenchon ainsi que les rôles de différents médias[Pas dans la source]. L'association de critique des médias proche de la gauche antilibérale Acrimed, publie peu après un récapitulatif de la couverture médiatique de l'événement.
Il est à nouveau désigné tête de liste du Front de gauche pour les élections européennes de 2014 dans la circonscription Sud-Ouest (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon). Dans le cadre de ce scrutin, il se dit pessimiste sur l'avenir de la monnaie unique européenne : « La question n'est pas de savoir si on doit sortir de l'euro mais quand et comment on le fera ». La liste qu'il mène obtient un élu avec un score de 8,57 % et arrive en sixième position, ce qui lui permet d'être réélu député européen le 25 mai 2014.
Au niveau national, le Front de gauche obtient 6,6 %. Si Jean-Luc Mélenchon reconnaît un « échec » du Front de gauche, il en rejette la responsabilité sur le Parti communiste et les accords électoraux conclus entre celui-ci et le Parti socialiste aux élections municipales de mars 2014.
Le 22 juillet 2014, il annonce l'évolution de sa position au sein du Parti de gauche : « Pour moi, ce n'est pas de me mettre en retrait, c'est m'utiliser autrement. J'ai fait mon temps à organiser la vie d'un parti. J'essaie de cristalliser quelque chose qui existe en dehors de moi. J'ai besoin de temps, je ne peux plus continuer comme cela ».
Il annonce, le 22 août suivant, son départ de la direction du Parti de gauche et la création d'une direction collégiale. Cette mise en retrait au sein du parti n'est pas une mise en retrait politique, et il déclare fin janvier 2015 être « disponible » pour l'élection présidentielle de 2017.
En septembre 2014, il lance un appel pour un grand mouvement populaire en faveur d'une Sixième République.
Il milite pour une alliance Front de gauche-Europe Écologie Les Verts, en y engageant éventuellement l'aile gauche (« frondeurs ») du Parti socialiste, le Nouveau Parti anticapitaliste et Nouvelle Donne. Son but est de créer un équivalent français à la coalition SYRIZA, qui a pris le pouvoir en Grèce à la suite des élections législatives grecques de janvier 2015. Ce projet déclenche des tensions entre l'aile droite d'Europe Écologie Les Verts (surtout représentée par Jean-Vincent Placé), favorable à un retour au gouvernement social-libéral de Manuel Valls, et l'aile gauche (surtout représentée par Cécile Duflot), plus sensible aux appels de Mélenchon.
Candidature à l'élection présidentielle de 2017
Le 10 février 2016 sur TF1, Mélenchon annonce qu'il est candidat à l'élection présidentielle de 2017 et qu'il ne participera donc pas à la primaire de la Belle Alliance populaire. Il propose une candidature « hors cadre de partis », donc hors du cadre du Front de gauche, et invite ainsi les citoyens à le soutenir, notamment sur le plan financier ; pour cela il lance le mouvement La France insoumise (LFI), dont l'outil principal est une plate-forme Internet participative.
Son mouvement et sa candidature reçoivent a posteriori le soutien des trois principales composantes du Front de gauche, à savoir le Parti de gauche, le mouvement Ensemble ! et le Parti communiste français, ainsi que de la Nouvelle Gauche socialiste fondée par d'anciens membres du PS et de plusieurs membres d'Europe Écologie Les Verts comme la « Coopérative écologie sociale » avec le député Sergio Coronado, ou encore le maire de Grenoble, Éric Piolle.
À partir de juin 2016, des enquêtes d'opinion donnent Jean-Luc Mélenchon devant le président sortant François Hollande comme devant le Premier ministre Manuel Valls en termes d'intentions de vote à la présidentielle et indiquent qu'il est le candidat préféré des sympathisants de gauche. Il publie en décembre le programme de La France insoumise (L'Avenir en commun, aux éditions du Seuil), qui entre directement dans le top 10 des ventes tous genres confondus selon le classement GFK/ LivresHebdo, puis se retrouvera en avril 2017 avec un total de 250 000 exemplaires vendus, ce qui selon Challenges « pulvérise les records ».
Stratégie numérique en 2017
Largement perçu par les organes de presse comme le meilleur orateur parmi les principaux candidats, Jean-Luc Mélenchon choisit d'opter pour une « stratégie numérique » visant à utiliser des médias nouveaux afin de pouvoir s'exprimer en dehors du cadre des médias traditionnels, sans pour autant les laisser de côté. Cette stratégie, inspirée de la campagne de Bernie Sanders aux États-Unis, est initiée par Sophia Chikirou, sa plus proche conseillère et la « directrice de la communication » de sa campagne, Antoine Léaument étant responsable de la partie internet (Facebook, Twitter, Youtube). Il devient ainsi massivement suivi sur YouTube, puisque sa chaîne est la première parmi les personnalités politiques françaises avec plus de cent trente mille abonnés en décembre 2016 — il dépasse les chaînes du président américain Donald Trump et de son adversaire Hillary Clinton durant le même mois — puis plus de deux cent soixante-dix mille abonnés en avril 2017. Il y propose notamment une émission hebdomadaire, intitulée La Revue de la semaine. Pour son meeting sur l'esprit des sciences et du partage du 5 février 2017, le candidat réalise également une première mondiale en étant présent à la fois à Lyon et, en « hologramme », à Paris. Il est également soutenu durant toute la campagne par de nombreuses initiatives émanant du Discord insoumis, une plate-forme numérique depuis laquelle se coordonnent plusieurs milliers de sympathisants sur les réseaux sociaux.
Programme de 2017
Son programme, intitulé L'Avenir en commun, reprend celui de 2012, L'Humain d'abord, actualisé dans l'optique d'une réponse au changement climatique, et comporte comme grands axes : sortir des traités européens, construire une Sixième République, mener une transition énergétique, et développer l'économie de la mer. Selon Damon Mayaffre, lors de cette campagne, « le mélenchonisme se présente […] de manière ambitieuse et officielle comme un « néohumanisme social et écologique », et revendique dans un même mouvement les Lumières et la Révolution jacobine comme passé, le socialisme comme présent et l'exigence écologique comme avenir ».
Selon les organisations non gouvernementales Action Santé mondiale, Action contre la faim, Care France et ONE, qui confrontent les propositions de chacun des candidats à l’élection présidentielle sur l'aide au développement pour les pays les plus pauvres, Mélenchon est le candidat le plus engagé en matière de solidarité internationale. Cependant, le volet international de son programme pose plusieurs questions, notamment sur la volonté de rapprochement avec la Russie : Mélenchon souhaite faire retirer le système de défense antimissile de l'OTAN en Europe de l'Est avant de quitter l'organisation et convoquer une conférence internationale sur la Crimée afin de statuer sur de nouvelles frontières à la suite de l'annexion russe de 2014. Le candidat socialiste Benoît Hamon qualifie cette légitimation de l'invasion de fait « extrêmement dangereu[se] » alors que plusieurs historiens signent une tribune dans Libération contre cette proposition. Pour la journaliste Aude Lorriaux, Jean-Luc Mélenchon est « le plus profondément féministe des cinq « grands » candidats » et « est celui qui a le plus travaillé son programme […], son texte [étant] le plus pointu et le plus précis de tous les candidats » en ce qui concerne « la question des droits des femmes ».
Hostilités, traitement médiatique
Alors qu'il cherche à progresser chez les électeurs indécis et à atténuer l'image révolutionnaire qu'il mettait en avant durant sa précédente campagne présidentielle, sa percée dans les sondages, où il passe en quelques semaines de 11 % à 19 %, fait de lui « la cible privilégiée de ses adversaires » selon L'Express, qui souligne qu'il avait été jusqu'ici épargné. Le chef de l'État, François Hollande, déclare à son sujet que la classe politique a « besoin de renouvellement », ce qui, d'après L'Express, est une « façon d'enfoncer un peu plus Jean-Luc Mélenchon, élu depuis le début des années 1990 ». Acrimed relève que les médias dominants procèdent « un déferlement de commentaires hostiles, outranciers et grossièrement partisans ». Acrimed note que Libération compare un salon internet animé par les militants de La France insoumise à un salon similaire du Front national, et François Lenglet sur France Télévisions expose « les similitudes » entre les programmes de Mélenchon et de l'extrême droite, « un procédé qu’il ne renouvelle pas – du moins avec autant de ferveur et d’aplomb – avec les autres candidats ». D'après le journaliste politique Alexandre Poussart, la presse de droite tombe « parfois dans la caricature anticommuniste ». Le journal de droite Le Figaro estime d'ailleurs que son programme est « délirant » et qualifie le candidat d'« apôtre des dictateurs révolutionnaires » (Chávez, Castro, Robespierre). Pour Mathias Reymond d'Acrimed, Jean-Luc Mélenchon subit un traitement médiatique qu'aucun autre politique n'avait subi avant lui, excepté Jean-Marie Le Pen en 2002. Selon Thomas Guénolé, deux voire trois fois plus d'articles traitant de Jean-Luc Mélenchon (40 % à 65 %) que ceux traitant d'Emmanuel Macron (environ 28 %) ont une portée négative à la fin de la campagne. Pour Marianne, la perspective de le voir au second tour déclenche un violent tir de barrage de la « presse conservatrice » : il est accusé d'être extrémiste, et son électorat est traité d'irresponsable. Marianne raille les craintes concernant le programme social de Mélenchon. Selon le journal Les Échos, le candidat insoumis inquiète les marchés financiers à cause de son programme fiscal, qui prévoit de taxer à 100 % les revenus au-dessus de vingt fois le revenu médian, ce dernier étant à 1 800 euros. Une autre source d'inquiétude est une éventuelle sortie de l'euro s'il venait à être élu président de la République.
Échec et consigne pour le second tour
Jean-Luc Mélenchon termine finalement à la quatrième position, avec sept millions de voix et 19,58 %, derrière Emmanuel Macron (24,01 %), Marine Le Pen (21,30 %) et François Fillon (20,01 %). Jean-Luc Mélenchon arrive en première position dans les départements de la Seine-Saint-Denis, de la Dordogne, de l'Ariège, de la Guyane, de la Martinique, de La Réunion et à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais sur ces sept départements et collectivité, quatre présentent la caractéristique d'un pourcentage de votes exprimés inférieur à 55 % des inscrits.
Pour le second tour, opposant Marine Le Pen à Emmanuel Macron, il renvoie dos à dos les deux qualifiés et ne donne aucune consigne de vote, refusant d'appeler au « front républicain » contre Le Pen, alors qu'en 2002, il avait appelé à voter Jacques Chirac contre le père de la candidate, Jean-Marie Le Pen. Il appelle à la responsabilité de ses électeurs, tendant en grande majorité contre Marine Le Pen, et invite les membres de La France insoumise à se positionner en votant sur la plate-forme Internet du mouvement, dont le résultat sera publié le 2 mai. Les membres de la plate-forme s'étant inscrits avant le 23 avril à 22 h sont appelés à choisir entre l'abstention, le vote blanc ou nul, et le vote en faveur d'Emmanuel Macron seulement. Le 26 avril, Jean-Luc Mélenchon décide de ne pas indiquer précisément quel sera son vote personnel, tout en affirmant qu'il ne votera pas pour le Front national. Il déclare qu'« il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour deviner ce [qu'il va] faire » et qu'il se tient à cette position « pour que [ses soutiens puissent] rester regroupés ». Lors de certaines interviews, dans cet entre-deux-tours comme lors de celui des élections législatives qui suivent, il appelle cependant à ne pas voter pour le FN. Selon Claude Askolovitch, Jean-Luc Mélenchon a voté Macron, contrairement à la plupart de ses proches ; le journaliste souligne qu'« il est resté dans la tradition des gauches et les scrupules de toute une vie. Il n’a pas pu le dire ». D'après les études d'opinion, les partisans de Jean-Luc Mélenchon ont voté majoritairement pour Macron, alors que le sondage proposé sur la plate-forme Internet des Insoumis donnait le vote Macron à seulement 34 %.
Député des Bouches-du-Rhône (2017-2022)
Jean-Luc Mélenchon conduit la campagne législative de juin 2017 pour son mouvement et annonce sa candidature à Marseille, ville avec laquelle il n'a pas de lien mais dans laquelle il est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle. Il se présente dans la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône, notamment face au député PS sortant, Patrick Mennucci, plutôt qu'une zone de force de l'extrême droite comme la troisième où il porte la candidature de Sarah Soilihi, qui n'est pas élue.
Lors de la campagne pour les législatives, Jean-Luc Mélenchon attaque l'ancien ministre de l'Intérieur, alors Premier ministre, Bernard Cazeneuve en déclarant qu'il « s'est occupé de l'assassinat de Rémi Fraisse », un militant écologiste tué par une grenade de gendarme en 2014. Ces déclarations suscitent des désapprobations et Cazeneuve porte plainte contre Mélenchon pour « diffamation ». Celui-ci refuse de s'excuser tour en reconnaissant que le mot « assassinat » était « mal calibré ».
Son alliance avec le Parti communiste n'est pas reconduite en raison de tensions persistantes depuis la campagne présidentielle. Jean-Luc Mélenchon prévoit en effet dès janvier 2017 des candidatures insoumises contre les communistes, y compris les députés sortants comme André Chassaigne, président sortant du groupe GDR et chef de file des députés Front de gauche. Il exige également la signature d'une charte où tout candidat doit s'engager à se rattacher financièrement à la France insoumise et à une discipline de vote, des conditions refusées par le Parti communiste qui acte l'absence d'accord le 9 mai. Le Canard enchaîné révèle après le second tour de l'élection présidentielle un SMS de Jean-Luc Mélenchon daté du 4 mai envoyé à Pierre Laurent, dans lequel il dit des communistes « Vous êtes la mort et le néant. ».
En tête du premier tour de l'élection législative dans la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône, avec 34,3 % des voix, Jean-Luc Mélenchon élu député au second tour, le 18 juin 2017, avec 59,8 % des suffrages exprimés, face à Corinne Versini, candidate de La République en marche, dans un contexte de forte abstention (64,2 %). Il siège à la commission des Affaires étrangères et est élu à l’unanimité président du groupe La France insoumise.
Après son élection, il cède sa place au Parlement européen à la communiste Marie-Pierre Vieu, qui le suivait sur la liste de candidature du Front de gauche dans la circonscription Sud-Ouest en 2014. Jean-Luc Mélenchon aurait préféré qu'elle cède sa place au suivant sur la liste, Manuel Bompard, qui a dirigé sa campagne présidentielle de 2017.
Alors que Jean-Luc Mélenchon, contrairement à une partie des autres députés de La France insoumise, est absent de la Fête de l'Humanité, le numéro un du PCF Pierre Laurent regrette qu'il ne cherche pas d'alliances avec les autres partis de gauche dont le Parti communiste français et indique : « Personne ne peut prétendre détenir la vérité à lui tout seul ». En réaction, Jean-Luc Mélenchon évoque « une direction communiste en perdition, qui s'accroche, qui ne s'exprime plus que contre [lui] », et appelle les militants communistes à le rejoindre lors de la manifestation du 23 septembre pour s'opposer au projet de réforme du code du travail.
En juillet 2017, Mélenchon est critiqué pour avoir affirmé que la France républicaine ne porte aucune culpabilité dans la Shoah, et pour avoir reproché à Emmanuel Macron d'avoir reconnu, lors d'un rassemblement à Paris commémorant la rafle du Vel' d'Hiv, que la France de Vichy était le gouvernement légal de la France à l'époque, admettant ainsi la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs. La presse relève que Marine Le Pen avait tenu des propos similaires à ceux de Mélenchon trois mois plus tôt.
En mars 2018, alors que Jean-Luc Mélenchon émet l’intention de participer à la marche blanche organisée en réaction au meurtre de Mireille Knoll, le CRIF s'y oppose. Mélenchon participe à la marche en compagnie d'autres députés de La France insoumise et du rabbin Gabriel Farhi, il en est exfiltré après avoir été pris à partie par une quarantaine de personnes, en particulier des membres de la Ligue de défense juive. Lui et son mouvement entretiennent des relations houleuses avec le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), en raison notamment de leur discours critique à l'encontre de la politique menée par Israël, du nationalisme israélien et du Premier ministre Benyamin Netanyahou.
Jean-Luc Mélenchon figure en position non éligible sur la liste de La France insoumise aux élections européennes de 2019. Celle-ci arrive en cinquième position avec 6,3 % des voix.
En août 2021, il affirme que les États-Unis « ont créés [sic] de toute pièce Al-Quaïda [sic] contre le régime communiste afghan ».
En octobre 2021, afin de mener la campagne présidentielle de l’année suivante, il cède la présidence du groupe LFI à Mathilde Panot.
Candidature à l'élection présidentielle de 2022
Annonce de candidature et campagne
Le 8 novembre 2020, invité sur le plateau du Journal de 20 heures de TF1, il annonce proposer sa candidature à l'élection présidentielle de 2022. Il met une condition à cette candidature : il se présentera si au moins 150 000 personnes votent pour le soutenir sur une plate-forme numérique appelée « Nous sommes pour ! ». Cette « investiture populaire » se base sur une proposition de la commission Jospin pour les candidatures présidentielles, suggérant de remplacer les actuelles 500 signatures d'élus par 150 000 parrainages citoyens. Il annonce avoir obtenu ces 150 000 signatures quatre jours plus tard. Quatorze mois après exactement, le 8 janvier 2022, il annonce au grand jury RTL-LCI que ce nombre a quasiment doublé, passant à plus de 270 000 signatures.
Jean-Luc Mélenchon refuse de participer à la Primaire populaire, estimant que les différences programmatiques sont trop importantes. Comme Yannick Jadot et Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon a demandé que son nom soit retiré du scrutin après la découverte d'une vidéo appelant à les dénigrer sur les réseaux sociaux et suspendre leurs parrainages en lien avec le « serment de Romainville ». Après avoir échoué à présenter un candidat, la structure organisatrice de la primaire appelle néanmoins à voter pour Jean-Luc Mélenchon en mars 2022.
En décembre 2021, il annonce la création d'un « Parlement de l'Union populaire » qui vise à rassembler des personnalités extérieures à La France insoumise afin de soutenir sa candidature et de préparer la refondation de la gauche. Cette structure est dirigée par Aurélie Trouvé qui quitte la présidence d'Attac pour assumer cette charge, et accueille des universitaires, des responsables associatifs et syndicaux, des figures de différents mouvements sociaux ou encore des artistes. Elle accueille aussi des personnalités issues d'autres formations politiques de gauche, comme les partis communistes (Sébastien Jumel, Karine Lebon…), EELV (Thomas Portes) ou Génération.s (Ali Rabeh).
En mars 2022, Jean-Luc Mélenchon est dans les sondages « nettement devant » les autres candidats de gauche. Mélenchon affirme alors être le seul candidat de gauche à pouvoir accéder au second tour, un narratif appuyé par l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal, qui déclare : « Aujourd'hui, il est évident que le vote utile à gauche, c'est le vote Mélenchon ». Mélenchon, qui en 2012 critiquait ardemment le « vote utile » en le qualifiant de « camisole de force », utilise en 2022 l'expression « vote efficace ». De même, Christiane Taubira déclare publiquement lors du dernier jour de la campagne officielle qu'elle votera pour Jean-Luc Mélenchon car « il est le seul candidat de gauche en mesure de barrer la route à l'extrême droite dès le premier tour ».
Il reçoit le 6 avril 2022 le soutien de l'ancien président brésilien Lula.
Électorat
Dans une publication pour la fondation Jean-Jaurès, Jérôme Fourquet passe en revue les caractéristiques du vote Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle de 2022. D'un point de vue géographique, cet électorat est très présent dans les grandes villes, les villes universitaires, les territoires ruraux du sud de l'hexagone, les territoires ultramarins et les banlieues. Jean-Luc Mélenchon rencontre cependant plus de difficultés dans les fiefs traditionnels du PCF, ce qui est mis en relation avec la candidature concurrente de Fabien Roussel. En termes socioéconomiques, son électorat paraît interclassiste. Il parvient en effet à obtenir le vote de cadres et professions intermédiaires tout en concurrençant le RN dans les classes populaires, étant dans ce cadre notamment performant chez les travailleurs se reconnaissant dans le syndicalisme (que Fourquet assimile aux restes du mouvement ouvrier) et chez les personnes ayant des revenus particulièrement bas (qui correspondent à des situations d'exclusion). La proportion de locataires est en outre largement plus importante que celle des propriétaires, suggérant un soutien des urbains connaissant des formes de précarité. Enfin la répartition du vote Mélenchon sur la pyramide des âges révèle une très forte surreprésentation des jeunes électeurs.
Il est le candidat pour lequel les électeurs âgés de 18 à 24 ans ont le plus voté. Les détenus français ont largement donné leur voix à Jean-Luc Mélenchon.
Programme de 2022
Son programme est une version remaniée et actualisée de « L'Avenir en commun », son projet de 2017. Sa conception a profité des contributions du laboratoire d'idées « Intérêt général », constitué de hauts fonctionnaires proches de LFI, ainsi que celles d'économistes ayant rejoint la campagne. Dans un entretien accordé à l'INA, Jean-Luc Mélenchon indique avoir voulu construire un programme comparable au programme commun de la gauche qui avait permis à François Mitterrand de « réussir l'union à la base quand l'union au sommet s'est dérobée » et ainsi de gagner en 1981, stratégie dont Jean-Luc Mélenchon dit vouloir s'inspirer. Le 12 mars 2022, Jean-Luc Mélenchon présente sur ses réseaux sociaux le chiffrage de L'avenir en commun et ses 690 propositions dans une émission en direct de trois heures où, notamment, il répond aux questions de quatre journalistes économiques.
Symbolique
À partir d'octobre 2021, il recourt à l'expression « L'Union populaire » comme slogan voire comme nom de mouvement, ce qu'il assimile à une démarche d'ouverture vis-à-vis de personnalités et d'électeurs divers. Les meetings sont marqués par la présence de nombreux drapeaux tricolores et par une musique de campagne qui est un remix du Chant du départ. La tortue devient également un symbole utilisé avec humour par les sympathisants et Jean-Luc Mélenchon lui-même, faisant écho à une boutade lancée par le candidat lors d'un meeting de janvier 2022 à Nantes lorsqu'il avait ironisé « Faites confiance à une tortue électorale sagace comme moi. Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Et j’ai déjà épuisé quelques lièvres », en référence à la fable de La Fontaine et à son retard d'alors dans les sondages.
Stratégie numérique en 2022
Comme en 2017, la campagne électorale mobilise des technologies numériques pour se démarquer. En plus de son activisme sur Youtube, Jean-Luc Mélenchon investit d'autres réseaux, comme la plateforme de streaming Twitch sur laquelle il lance un format intitulé Twitchons. Face à la contrainte représentée par la crise sanitaire et les mesures de confinement, il diffuse le 29 novembre 2020 un meeting en réalité augmentée où il apparait entouré de décors numériques. En janvier 2022, il réalise à Nantes un meeting immersif et olfactif qui est présenté comme une première mondiale. Des images en rapport avec les thèmes abordés sont diffusées tout autour du public, permettant notamment d'évoquer les enjeux liés à l'espace ou aux fonds marins. Fin mars 2022, un jeu vidéo conçu par des militants bénévoles, intitulé LAECestTOI, est rendu disponible gratuitement afin de faire connaitre le programme de manière ludique. En avril 2022, son équipe rend disponible un filtre sur les réseaux sociaux faisant apparaitre un mini-hologramme du candidat appelant à se rendre aux urnes. Le 5 avril, le dernier meeting de sa campagne, physiquement effectué à Lille, est retransmis en direct dans onze autres villes via des hologrammes.
Défaite au premier tour
Après avoir culminé à 18 % dans les sondages, il bénéficie du vote utile de la part de sympathisants d'autres partis de gauche, mais échoue au premier tour avec 21,95 % des voix, se plaçant à la troisième place à 1,2 % de Marine Le Pen et 5,89 % d'Emmanuel Macron. Il progresse par rapport à l'élection de 2017, époque où il était allié avec le parti communiste et avait perdu avec un score de 19,58 %. Au soir de sa défaite, dans une allocution, Jean-Luc Mélenchon déclare qu’une « nouvelle page du combat s’ouvre », appelant à « ne pas donner une seule voix à Marine Le Pen », mais sans appeler à voter pour Emmanuel Macron.
En novembre 2019, le politologue Thomas Guénolé publie La Chute de la maison Mélenchon : une machine dictatoriale vue de l'intérieur, livre que La France insoumise « a tenté, par l'intermédiaire de ses avocats, de censurer ». Guénolé dépeint ce parti comme un simulacre de démocratie interne et comme une organisation despotique. Selon ses militants, Jean-Luc Mélenchon n'est ni le gourou ni le chef du mouvement, mais Thomas Guénolé estime qu'il gouverne en autocrate par l'intermédiaire d'hommes de paille. Thomas Guénolé avait quitté le mouvement de Jean-Luc Mélenchon en avril 2019, après avoir été signalé pour « faits pouvant s'apparenter à du harcèlement sexuel », et, selon Les Inrockuptibles, son livre est un « réquisitoire, taillé pour faire mal ».
Second quinquennat d'Emmanuel Macron (depuis 2022)
Formation de la NUPES aux élections législatives de 2022
Le 19 avril 2022, lors d'une interview sur BFM TV, il demande aux Français de l'« élire Premier ministre », en votant pour « une majorité de députés insoumis » aux élections législatives. Quelques semaines plus tard, au début du mois de mai, est créée la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) qui regroupe les partis de gauche dont le Parti socialiste et le Parti communiste, et qui a pour but de remporter un maximum de sièges lors de législatives afin d'imposer une cohabitation au président Emmanuel Macron. Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon déclare qu'il ne « croit pas » qu'il sera candidat à l'élection présidentielle de 2027, lors de laquelle il sera âgé de 75 ans.
Le 12 mai 2022, il annonce ne pas être candidat à sa succession aux prochaines élections législatives, expliquant sur son compte Twitter « céder la place » à Manuel Bompard. Lors du premier tour des législatives, la NUPES et la coalition présidentielle sont au coude-à-coude en nombre de voix avec une légère avance (26,11 %), sur la coalition de la majorité présidentielle (25,82 %). Durant l'entre-deux tours, Jean-Luc Mélenchon appelle notamment à la mobilisation des jeunes, chez lesquels le taux d'abstention est fort : près de 70 % d'entre eux ne sont pas allés voter au premier tour.
Au soir du second tour, Manuel Bompard est élu député avec 73,92 % des voix, succédant à Jean-Luc Mélenchon. Le soir-même, le leader de la NUPES (en mesure de devenir le premier groupe d'opposition parlementaire avec 131 sièges obtenus), qui quitte les bancs de l'Assemblée nationale, déclare « changer de poste de combat », mais que son engagement « demeurera jusqu'à [s]on dernier souffle ».
Influence persistante malgré une absence de mandat électif (2022-2024)
À l'été 2022, Jean-Luc Mélenchon entame une tournée de plusieurs semaines en Amérique latine au cours de laquelle il rencontre le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador, avant de passer par le Honduras où il a un entretien avec l'ex-président Manuel Zelaya et son épouse, l'actuelle présidente Xiomara Castro, ainsi que par la Colombie. Le 6 septembre 2022, dans un entretien avec Reporterre, Jean-Luc Mélenchon déclare qu'il « souhaite être remplacé » pour l'élection présidentielle de 2027 et dit vouloir « terminer [son] travail intellectuel ». En février 2023, il prend la présidence conjointement avec Clémence Guetté de l'Institut La Boétie.
Malgré son absence de mandat, il continue d'être influent au sein de La France insoumise et se veut également le leader de la NUPES, ce qui n'est pas sans créer de vives tensions avec les autres partis de gauche, plus particulièrement avec le Parti communiste et Fabien Roussel, notamment lors de la stratégie à adopter face à la réforme des retraites du gouvernement Borne. Les syndicats sont également très critiques à son encontre mais également plusieurs députes de son propre mouvement. En effet, des tensions apparaissent progressivement au sein de la France Insoumise au cours de la législature. Fin 2022, une nouvelle direction avec Manuel Bompard comme coordinateur est mise en place, mais plusieurs figures historiques comme Raquel Garrido, Alexis Corbière, Clémentine Autain et François Ruffin en sont écartés. Cette mise à l'écart est perçue comme une sanction, voire une purge décidée par Jean-Luc Mélenchon lui-même, pour avoir critiqué la position officielle du mouvement lors de l'affaire Quatennens.
Face à cette contestation de sa ligne, Jean-Luc Mélenchon persiste dans son refus de toute création de courants différents et se montre critique vis-à-vis des militants « frondeurs » qui réclament davantage de démocratie interne. Il se voit également confronté à la montée en popularité de François Ruffin, qui pousse à un changement de stratégie du mouvement et qui est analysé comme une potentielle alternative pour l'élection présidentielle de 2027. Un tweet de Jean-Luc Mélenchon en avril 2023 lui enjoignant à se lancer dans la campagne présidentielle est à ce titre vu comme une tentative de tuer dans l'œuf la candidature du député de la Somme. Il ne ferme en effet pas la porte à une quatrième candidature, affirmant en septembre 2023 que « ce sont les circonstances qui font la bonne candidature ».
Après les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, il est critiqué par les autres partis de gauche et contesté par une partie de La France insoumise pour son refus de qualifier l'organisation palestinienne comme « terroriste ». France info relève qu'il a déclaré : « Nous n'avons jamais contesté le fait que des actes puissent être de nature terroriste ». La position de Jean-Luc Mélenchon le vaut d'être qualifié d'« ennemi de la République » par le président du CRIF Yonathan Arfi. Il est également régulièrement accusé d'être ambigu à l'égard de l’antisémitisme par des médias privés et publics sous gouvernement de centre droit, accusations accentués par son refus de se rendre à la marche contre l'antisémitisme organisée par Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher le 12 novembre 2023 à Paris, qu'il justifie par la présence du Rassemblement national et le refus des organisateurs d'appeler à un cessez-le-feu après le lancement par Israël de l'opération Épées de Fer dans la bande de Gaza. Cette décision est contestée au sein de La France insoumise et plusieurs cadres du mouvement, bien que refusant également de défiler avec l'extrême-droite à Paris, se rendent à la marche organisée au même moment à Strasbourg.
Fin octobre 2023, dans le contexte de la guerre à Gaza, il réagit à l'expression du « soutien incondionnel » à Israël par la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet et au déplacement de cette dernière dans ce pays, en déclarant qu'elle ne parle pas « au nom du peuple français », dénonçant qu'elle « campe à Tel-Aviv pour encourager le massacre (des Palestiniens) », des expressions qui selon ses opposants politiques, des organisations juives (comme l'Union des étudiants juifs de France et le CRIF) ou certains historiens (comme Pierre Birnbaum et Marc Knobel) véhiculent volontairement des clichés antisémites.
En réaction à la déclaration d'Emmanuel Macron qui affirme ne pas exclure l'envoi de troupes françaises sur le front ukrainien, il s'y oppose fermement et appelle à négocier avec Vladimir Poutine. Il continue d’appeler également à un cessez-le-feu en Palestine et qualifie les bombardements de l'armée israélienne de « génocide ». Lors du lancement de la campagne des européennes de 2024 aux côtés de Manon Aubry, il affirme que le scrutin européen « prépare l'élection présidentielle de 2027 » et se dit prêt à repartir en campagne, laissant planer le doute sur sa candidature au prochain scrutin présidentiel. Il assure toutefois quelques jours plus tard qu'il souhaite toujours être remplacé et cite François Ruffin, Mathilde Panot et Manuel Bompard, affirmant que « la prochaine candidature en tête de la gauche sera Insoumise » mais n'exclut toutefois de se représenter car faisant « partie des hypothèses ».
Élections législatives anticipées et scissions de plusieurs figures de son mouvement (2024)
Après la dissolution de l'Assemblée nationale annoncée par Emmanuel Macron à la suite de l'arrivée en tête du Rassemblement national aux élections européennes de 2024, la gauche se réunit sous la coalition du Nouveau Front populaire lancée par François Ruffin. Jean-Luc Mélenchon ne participe pas aux négociations de l'accord mais en approuve l'initiative. Il se dit capable d'être le Premier ministre issu des élections législatives anticipées mais affirme ne pas vouloir s'imposer et déclare le 16 juin « Si vous pensez que je ne dois pas être Premier ministre, je ne le serai pas » avant d'affirmer le 22 juin être « bien évidemment » prêt à devenir Premier ministre.
La France insoumise ne réinvestit toutefois pas certains députés « frondeurs » : Alexis Corbière, Raquel Garrido, Frédéric Mathieu, Hendrik Davi et Danielle Simonnet. Cette décision, vécue comme « une purge » par ces cinq figures qui se sont opposées à Jean-Luc Mélenchon, provoque des tensions au sein de la jeune coalition Nouveau Front populaire, les autres partis déplorant une non-reconduite systématique des élus sortants.
De nombreuses figures des autres partis de la coalition — incluant également les dirigeants Olivier Faure, Marine Tondelier et Fabien Roussel — rejettent à l'approche du scrutin l'idée que Jean-Luc Mélenchon devienne Premier ministre en cas de cohabitation, y compris dans les rangs de La France insoumise, en raison de sa figure de repoussoir pour une partie de l'électorat de gauche. François Ruffin le qualifie au cours de sa campagne d'« obstacle à la victoire du Front populaire ». Jean-Luc Mélenchon réaffirme qu'il a « l’intention de gouverner ce pays », et qu’un consensus a été trouvé parmi les alliés de gauche pour que ce soit « le groupe parlementaire le plus important qui présente le candidat à la primature », tout en insistant sur la nécessaire unité de la gauche, précisant : « Je ne m’élimine pas et je ne m’impose pas. Je pense que c’est une formule qui est assez respectueuse du collectif ».
Alors que le scrutin voit le Nouveau Front populaire remporter une majorité relative de sièges, son nom est proposé par les insoumis pour Matignon avant d'être rejeté par les autres membres de la coalition. En interne, il voit les frondeurs de son mouvement rejoindre le groupe des écologistes, faisant chuter le nombre de députés insoumis par rapport à la précédente législature. Il propose la présidente du conseil régional de La Réunion, Huguette Bello, pour devenir Première ministre et s'oppose catégoriquement à la proposition de Laurence Tubiana faite par les socialistes. Il s'oppose également à toute constitution d'un gouvernement de front républicain, estimant qu'une telle situation serait un cadeau à Marine Le Pen. Il évoque le second tour de la future élection présidentielle dans une interview pour le journal italien La Repubblica, où il déclare qu'à ce moment « nous verrons quel projet les Français préfèrent : le mien ou celui de Le Pen ».
Après le refus d'Emmanuel Macron d'appeler la gauche à former un gouvernement, Jean-Luc Mélenchon cherche à provoquer une élection présidentielle anticipée, d'abord en cherchant sans succès à destituer le président puis en censurant le gouvernement Barnier de manière à provoquer une crise de régime qui poussera le président à la démission, une démarche qui n'est pas partagée par les autres partis de gauche : tout comme avec la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, il se veut à nouveau le chef de la nouvelle union de la gauche. Lorsque les socialistes refusent de censurer le budget du gouvernement Bayrou au nom de la stabilité, il acte la fin du Nouveau front populaire, des propos que ne partagent pas les communistes et les écologistes.
En mai 2025, les journalistes Charlotte Belaïch et Olivier Pérou publient le livre La Meute, une enquête de deux ans sur La France insoumise mettant en avant les méthodes et le fonctionnement interne de son mouvement, établissant des parallèles avec les mouvements sectaires. Tiré à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, l'ouvrage n'est pas lu par Jean-Luc Mélenchon lui-même qui se contente de qualifier ses deux auteurs de « dégénérés » et d'avoir « relu et réinventé » la vie privée des dirigeants insoumis, sans pour autant porter plainte pour diffamation. La France Insoumise refuse en conséquence d'accréditer Olivier Pérou lors de son université d'été trois mois plus tard, une mise à l'écart fortement critiquée par l'ensemble de la presse nationale et de la classe politique et jusque là pratiquée uniquement par l'extrême droite mais que Jean-Luc Mélenchon affirme pleinement assumer. Au cours de l'évènement, il appelle également au départ de Volodymyr Zelensky pour pouvoir parvenir à un accord de paix entre l'Ukraine et la Russie. Il qualifie également le président ukrainien de « président de rien » car « depuis le mois de mai, son mandat est arrivé à terme », des propos largement commentés dans le débat public.
Lors d'un meeting à Lyon en février 2026, en soutien à la candidate aux municipales Anaïs Belouassa-Cherifi, il ironise sur la prononciation du patronyme du pédocriminel américain Jeffrey Epstein. Immédiatement, la majorité des responsables politiques réagissent en condamnant ses propos. Il renouvelle ce discours le 1er mars 2026 à propos de Raphaël Glucksmann.
Candidature à l'élection présidentielle de 2027
Alors que les anciens insoumis, les écologistes et les socialistes commencent des discussions en vue d'une candidature commune via une primaire, il moque l'initiative sur ses réseaux sociaux et refuse de se plier à un processus de désignation malgré les appels de Lucie Castets et de François Ruffin à y participer. Il maintient qu'une candidature insoumise sera présente lors du scrutin présidentiel. Des sondages réalisés en mai puis en novembre 2025 le donnent toutefois sèchement battu par Jordan Bardella en cas de second tour contre le président du Rassemblement national, une situation menant les autres partis du Nouveau front populaire à le qualifier de « plus mauvais candidat de gauche » pour l'emporter au second tour.
Il annonce finalement se présenter à l'élection présidentielle de 2027 lors du journal de 20 heures de TF1 du 3 mai 2026, après avoir reçu l'aval des élus insoumis dans la matinée. En moins de 24 heures, il reçoit plus de 150 000 parrainages citoyens. Le 5 mai 2026, il publie sa Lettre au peuple de France dans laquelle il prévient que l’élection « n'est pas jouée d'avance ». Sa candidature est soutenue par le NPA-L'Anticapitaliste. Fin juin 2026, il envoie un appel à parrainages d'élus à 36 000 maires de France.
En déplacement à Clermont-Ferrand, il annonce vouloir supprimer la plateforme Parcoursup qu'il qualifie d'« ignominie » ainsi qu'instaurer le droit de vote à 16 ans s'il est élu.
Prises de position
Positionnement politique
Jean-Luc Mélenchon a traversé diverses tendances de la gauche, le trotskisme dans sa jeunesse, le socialisme — il a été au Parti socialiste pendant près de trente ans, y occupant une place à l'aile gauche du parti —, puis un compagnonnage avec le Parti communiste français après son départ du PS en 2008. Il refuse les étiquettes de « gauche radicale » ou « extrême gauche » que lui attribuent la presse. Selon l'historien Jean-Numa Ducange, Jean-Luc Mélenchon devient pour beaucoup le principal représentant de la gauche « historique » pendant l'élection présidentielle de 2017, faisant un score de 20 %, loin devant le candidat socialiste Benoît Hamon et n'a en rien d'un « gauchiste », ayant soutenu sans condition la « gauche plurielle » au pouvoir entre 1997 et 2002, et ayant lui-même été ministre de ce gouvernement entre 2000 et 2002. Selon l'historien Roger Martelli, le long passé socialiste de Jean-Luc Mélenchon contredit l'image restreinte de « gauche de gauche » et lui confère un « ancrage traditionnel ».
Il se qualifie lui-même de socialiste républicain, son ambition est de parvenir à « être le rassembleur de toute la gauche » sur une ligne politique antilibérale voire anticapitaliste, dans le cadre de ce qu'il désigne comme « révolution citoyenne », pour gouverner et transformer profondément la France dans le sens du progrès massif de l'intérêt général (refondation républicaine). Tout en se référant régulièrement à l'histoire du mouvement ouvrier, il tente aussi régulièrement de se démarquer du socialisme tel qu'il a été pratiqué dans le passé, notamment en URSS, déclarant que « la révolution citoyenne, ce n’est pas l'ancienne révolution socialiste ». Soutien des Gilets jaunes, il considère en novembre 2018 que le mouvement social annonce une future « révolution citoyenne ».
Bien que ne les considérant pas comme des modèles à suivre, Jean-Luc Mélenchon manifeste de l'intérêt pour les expériences sud-américaines boliviennes et vénézuéliennes respectivement pilotées par Evo Morales et Hugo Chávez. Dans son programme pour l’élection présidentielle française de 2017, il propose que la France, et notamment les Antilles et la Guyane françaises, rejoigne l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Ce positionnement lui vaudra le surnom de « Chávez français », utilisé par certains médias et adversaires politiques.
À la fin des années 2000, il devient défenseur d'une « planification écologique ». Celle-ci est moquée comme étant un « Gosplan » par Yannick Jadot, député européen Europe Écologie Les Verts (EELV), ainsi que par des membres du Parti socialiste, tandis que certains écologistes y sont attentifs, comme Jean-Paul Besset, qui estime qu'il s'agit d'une « véritable évolution et une rupture avec l'univers productiviste de la gauche traditionnelle ». Jean-Luc Mélenchon critique régulièrement EELV et déclare qu'« il ne peut pas y avoir de capitalisme vert ».
Le média public belge RTBF indique que l'aspect « radical » de Jean-Luc Mélenchon est lié à sa critique du libéralisme, des traités internationaux et du fonctionnement de l'UE, ainsi qu'à sa réforme fiscale. Jean-Luc Mélenchon ne soutient pas des idées marxistes de « révolution prolétarienne », comme c'est le cas pour le Nouveau Parti anticapitaliste et Lutte ouvrière ; et sa réforme fiscale est plus modérée que l'extrême gauche. Jean-Luc Mélenchon est cependant classé à l'extrême gauche par certains journaux de la presse anglo-saxonne (Time, The Conversation, Reuters, BBC News, Bloomberg, Associated Press) ainsi que par des médias français dont l'audience est internationale (France 24, Euronews, RFI).
Sixième République et processus constituant
Jean-Luc Mélenchon plaide pour la convocation d'une assemblée constituante chargée de mettre en place une Sixième République. Ainsi, en clôture de l'université d'été du PG (Remue-Méninges en 2014), il déclare : « Et voilà pourquoi quand on change la règle du jeu, c'est-à-dire la Constitution, quand on élit une Assemblée constituante on décide de tout ça. Oui il faut élire une Assemblée constituante, avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre Assemblée, et qui ne seront ensuite élus nulle part. Comme ça ils font le travail et ils rentrent à la maison. Cincinnatus. Voilà. » Cincinnatus est une référence en matière d'histoire romaine antique, reprise également par Arnaud Montebourg à l'appui de son projet politique.
Durant les discussions des projets de lois pour un renouveau de la vie démocratique à l'été 2018, il signe des amendements visant à permettre aux électeurs de demander un référendum relatif à la convocation d'une assemblée constituante. De plus, il porte en 2019 une proposition de loi visant à instaurer le référendum d'initiative citoyenne.
Écologie et énergie
Jean-Luc Mélenchon propose lors des élections présidentielles de 2012 et 2017 l'inscription d'une règle verte dans la Constitution française. En matière d'énergie, le candidat propose une sortie de l'énergie nucléaire avec pour objectif 100 % d'énergies renouvelables. Selon le magazine mensuel Capital cette mesure coûterait 217 milliards d'euros. Le Monde, lui, modère cette somme en la comparant au coût du maintien estimé par eux entre 335 et 385 milliards d'euros.
En 2011, juste après la catastrophe de Fukushima, Mélenchon propose un référendum pour sortir du nucléaire. En mars 2021, il se prononce en faveur d'une sortie totale du nucléaire civil avant 2030, avant de repousser cette échéance à 2050 à la suite du rapport de l’association NégaWatt.
Débat sur les dangers de l'énergie nucléaire
À l'occasion de la campagne présidentielle de 2022 Jean-Luc Mélenchon se positionne pour une sortie du nucléaire en France et la fermeture de toutes les centrales nucléaires.
Lors d'un meeting à la Défense le 5 décembre 2021, Jean-Luc Mélenchon déclare : « S'il arrive quoi que ce soit à la centrale nucléaire qui est en amont de la capitale, il faudra évacuer 12 millions de personnes et ne pas revenir dans le secteur avant 20 000 ans. ». Cette déclaration est largement contestée par des experts, qui assurent qu'une centrale nucléaire française ne pourrait pas exploser comme celle de Tchernobyl et que, même la catastrophe de Tchernobyl, plus grave incident nucléaire de l’Histoire, n’a entraîné l'évacuation de la population que dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale ukrainienne, ce qui en France correspondrait à quelques dizaines de milliers d’habitants. Si le critère de Greenpeace était utilisé, c'est-à-dire une zone d'évacuation d'un rayon de 80 km, 2,2 millions de personnes seraient déplacées.
Au cours de ce même meeting, Jean-Luc Mélenchon fait une remarque similaire sur la centrale nucléaire de Gravelines et ajoute que les 58 centrales nucléaires françaises sont des cibles, faisant allusion à une « menace » qui « vient dorénavant de l’espace ». Il est alors critiqué par le candidat aux présidentielles du Parti communiste français Fabien Roussel, qui estime que Jean-Luc Mélenchon « agite des fantasmes », que la centrale de Gravelines est « déterminante pour faire fonctionner nos usines, notre industrie », et qu'il s'agit d'une électricité « décarbonée ».
Défense des éoliennes en mer par rapport au nucléaire
Le 3 janvier 2022, Jean-Luc Mélenchon réitère son projet de sortir du nucléaire à l’horizon 2050 et insiste sur le potentiel de substitution des énergies renouvelables, notamment l’éolien en affirmant : « un réacteur nucléaire, c’est 45 éoliennes offshore ». Cette affirmation est contestée par des internautes et commentateurs ; le service de vérification des faits de Libération rappelle alors que les réacteurs nucléaires en France ont une puissance comprise entre 900 et 1 450 mégawatts, contre 6 mégawatts pour une éolienne en mer standard. En tenant compte d'un facteur de capacité moyen de 40 % pour l’éolien (en raison de leur intermittence), il faudrait environ 250 éoliennes pour remplacer un réacteur nucléaire de 900 MW. L'entourage du candidat justifie cette déclaration en précisant que Jean-Luc Mélenchon a visité les laboratoires de l'école centrale de Nantes, s'intéressant particulièrement aux études sur les éoliennes nouvelle génération : leurs pales feraient 250 m de diamètre, et leur potentiel de production unitaire serait de 20 MW, ce qui valide un nombre de 45 éoliennes pour remplacer un réacteur nucléaire. Mais ce potentiel de production reste pour l'heure théorique, alors que Jean-Luc Mélenchon a utilisé une formulation au présent.
Planification et industries
Jean-Luc Mélenchon soutient la planification indicative et la renationalisation d'industries menacées. Il défend ainsi en juin 2020 la nationalisation de l'usine Luxfer produisant des bouteilles à oxygène médical.
Fiscalité et redistribution
Dénonçant un écart trop important des revenus, Jean-Luc Mélenchon défend l'instauration d'un salaire maximum pour limiter l'écart des salaires de 1 à 20 dans chaque entreprise. De plus, l'ex-ministre défend l'augmentation du SMIC d'environ 200 euros. Il propose par ailleurs de réaliser une « révolution fiscale » avec au total 14 tranches d'impôt et un taux d'imposition de 90 % pour les plus riches.
Travail
Il est opposé à la loi Travail défendue en 2016 par la ministre socialiste Myriam El Khomri dans le gouvernement Valls sous le quinquennat de François Hollande. Il propose d'abroger cette loi s'il est élu président de la République en 2017, puis s'oppose de nouveau à la réforme du code du travail français de 2017 du gouvernement d'Édouard Philippe. Pendant la campagne pour la présidence de la République en 2017, Jean-Luc Mélenchon milite pour la semaine de quatre jours et l'instauration d'une sixième semaine de congés payés.
Dépendance et autonomie des personnes âgées
Jean-Luc Mélenchon souhaite qu'il n'y ait « plus d'Ehpad à but lucratif » et annonce au cours de la campagne pour l'élection présidentielle 2022 son intention de confier la gestion des maisons de retraite à des collectivités locales ou à des associations.
Retraites
En 2019, dans le contexte du débat sur la réforme des retraites de 2020 portée par le second gouvernement Philippe, suivi d'un mouvement social, Jean-Luc Mélenchon avait proposé un âge de départ à la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations, y compris les trimestres au RSA, financé par un surcroît de cotisations découlant directement d'une hausse des salaires. Cette hausse pourrait être obtenue par divers moyens, par exemple la revalorisation du salaire des femmes au niveau de celui des hommes, ou bien la création d'un million d'emplois par la relance de l'économie, ou encore une sur-cotisation de deux points réservée aux salaires au-delà de 3 400 euros net.
Jean-Luc Mélenchon annonce le 17 février 2022, au cours de l'émission La France dans les yeux sur BFM TV, et en réponse à un retraité touchant à peine plus de 1 000 euros, qu'il projette d'instaurer pour les carrières complètes une retraite égale au minimum au niveau du SMIC après sa revalorisation, soit 1 400 euros net. Il précise que cette mesure est la plus coûteuse de son programme et serait financée par les 20 milliards d'euros provenant de la suppression du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), un dispositif instauré en 2014 et dont l'efficacité est contestée.
Lors du mouvement social contre le projet de réforme des retraites en France de 2023, Jean-Luc Mélenchon a proposé à Emmanuel Macron de « laisser le dossier à ceux dont c'est le boulot », les administrateurs des caisses de sécurité sociale élus par les salariés et les employeurs, en soulignant que « la sécurité sociale n'est pas à l'État, elle appartient aux cotisants » et souhaité une meilleure « coordination » entre partis et syndicats.
Santé
Jean-Luc Mélenchon propose de mettre fin aux mutuelles de santé et instaurer à la place une sécurité sociale dite « intégrale » avec la généralisation du régime local d'Alsace-Moselle, remboursant l'ensemble des soins, y compris les appareils dentaires, optiques et auditifs. En 2017, le candidat à la présidentielle propose également la création de centres de santé publique avec des médecins fonctionnaires.
Pandémie de Covid-19
En mars 2020, dans le cadre de la pandémie de Covid-19, Jean-Luc Mélenchon réclame la nationalisation de Luxfer, entreprise productrice de bouteilles à oxygène ainsi que de Famar qui produit de la chloroquine.
En février 2021, il propose la levée des brevets sur les vaccins afin d'en faire des biens publics. Durant l’été 2021, il critique la mise en place de l’obligation de présenter un passe sanitaire pour accéder à des lieux de culture, aux bars, restaurants, centres commerciaux, hôpitaux, trains ou bus pour les trajets de longue distance, etc. Il dénonce « une restriction considérable des libertés » et met en garde contre le risque d’une société du contrôle permanent.
En avril 2021, il recommande de se tourner vers les vaccins chinois, russes et cubains. En novembre, il déclare s'être fait vacciner et avoir pris rendez-vous pour la troisième dose.
Le 3 janvier 2022, alors que le variant du Covid-19 Omicron se propage, il affirme que le pass vaccinal alors en vigueur est « 100 % inefficace » et que le vaccin est une « raquette trouée ».
Sécurité
Jean-Luc Mélenchon a été le premier politique à « relancer la police de proximité dans le débat », en plaçant « son rétablissement au cœur de son programme électoral », notamment en 2016, doctrine défendue par son parti qui constate « un problème de sécurité en France », demande à soutenir « les policiers quand ils ont à subir des violences » et à en recruter 10 000 de plus, mais dénonce aussi publiquement les slogans anti-police du rappeur Soso Maness à la Fête de l'Humanité 2021 qu'il n'a jamais repris à son compte. Mélenchon veut une réforme « de la cave au grenier », qui rendrait l'IGPN plus indépendante et renforcerait la police judiciaire, notamment ses moyens d'enquête. Les différences dans ce domaine avec le candidat PCF Fabien Roussel tiennent « à peu de choses » selon ce dernier. Souhaitant être « offensif sur le sujet », le député Ugo Bernalicis a fait intégrer un « livret thématique » dédié, comme pan essentiel du programme de Jean-Luc Mélenchon.
Commerce
S'opposant aux accords de libre-échange, Jean-Luc Mélenchon propose un protectionnisme dit « solidaire ». Il vote par conséquent contre la ratification du CETA à l'Assemblée nationale en juillet 2019 et s'oppose, au Parlement européen, aux négociations du TAFTA, estimant que la France doit refuser l'accord.
Logement
Favorable aux logements sociaux, Jean-Luc Mélenchon annonce lors de la campagne présidentielle de 2022 avoir pour objectif la construction de 200 000 logements sociaux par an. Pour atteindre ce niveau, il affirme vouloir « réquisitionner des mètres carrés » dans les communes qui ne respectent pas le taux de logement social fixé par la loi SRU. Il défend également la rénovation thermique des logements existants mal isolés.
Outre-mer
Dans les années 1980, Jean-Luc Mélenchon, encore sénateur socialiste, soutient publiquement les projets d'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Il fait de multiples allers-retours entre la Nouvelle-Calédonie et la métropole, où il prononce de nombreux discours relayant les revendications des mouvements indépendantistes kanaks. En 2021, il met en cause la légitimité du référendum concernant l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, en raison de la très faible participation au scrutin et l'abstention massive des Kanaks, parlant de « référendum mal situé et mal accepté ».
Immigration
Selon 20 minutes, son discours sur l'immigration a évolué entre l’élection présidentielle de 2012 et celle de 2017 : après avoir régulièrement répondu en 2012 qu'elle « n’[était] pas un problème », il veut en 2017 « lutter contre les causes des migrations », fixant comme « première tâche » de « permettre à chacun de vivre chez soi ». En 2011, quand Claude Guéant déclare que les Français « ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux » du fait d'une « immigration incontrôlée », Mélenchon écarte « l'idée d'une France blonde aux yeux bleus », et à la présidentielle qui suit, soucieux du « vivre ensemble », il prononce une « ode à la Méditerranée et au métissage ». Les jours suivants, il baisse de 2 % dans un sondage, le journal L'Opinion parlant de voix perdues dans l'électorat populaire blanc et son entourage de « vote utile pour Hollande ». Sa campagne « réhabilite la classe ouvrière que le club Terra Nova voulait disqualifier » et dénonce la note de 2011 où Terra Nova, proche du PS, conseillait de donner la priorité aux jeunes, femmes et immigrés.
En juillet 2016 au Parlement européen, il déclare souhaiter éviter que le recours aux travailleurs détachés européens ne « vole son pain au travailleur qui se trouve sur place » puis écrit en septembre 2016 dans son livre qu'« il vaudrait mieux que [les migrants] restent chez eux » en rappelant qu'il n'a « jamais été pour la liberté d'installation » en France. Les leaders PS, PCF et EELV l'accusent alors de « courir » après les électeurs de Marine Le Pen ou d'imiter le leader populiste italien Beppe Grillo.
Questionné à nouveau sur ce qui est présenté comme un « revirement » à la présidentielle 2017, il confirme l'importance du « droit de vivre et de travailler au pays (…) en Corrèze comme au Zambèze » et insiste sur la lutte contre « les causes des migrations », dénonçant l'Europe qui « impose le démantèlement des protections des agricultures vivrières du tiers monde et le démantèlement des droits de douane qui protègent les productions de ces pays », d'où le « premier devoir » de « tarir le flux » de migration. Il rétorque cependant à François Fillon, que des quotas d'immigration seraient contournés et qu'« il faut parler de ce problème sérieusement ». En septembre 2018, « pris en étau » entre Olivier Besancenot et le ministre Benjamin Griveaux, qui tous deux lui reprochent d'être « nationaliste » sur cette question, il maintient que les vagues migratoires « peuvent poser de nombreux problèmes » en particulier quand « certains s'en servent pour faire du profit sur le dos des malheureux », et rappelle que Jean Jaurès et d'autres penseurs socialistes avaient fait le même constat. Son programme concernant la question reste conservateur : maintien de l'aide médicale d'État créée sous Sarkozy en 2010, statu quo sur le regroupement familial, droit du sol intégral et accès à la nationalité française dans les cas où la présence sur le territoire est légale, régularisation des sans-papiers travaillant durablement.
En septembre 2023, en réaction au débarquement de 8 500 migrants sur l'île de Lampedusa, il affirme que « la plupart des pays d'Europe ont besoin de l'immigration pour survivre » et que, dans le cas où il parviendrait au pouvoir, vouloir commencer par « une vague de régularisation massive » en France, précisant que « tous ceux qui travaillent ont le droit à des papiers ».
Lorsque la loi immigration portée par Gérald Darmanin est votée à l'Assemblée nationale puis promulguée en janvier 2024, Jean-Luc Mélenchon parle d'une « victoire idéologique » du Rassemblement national, dénonçant une « politique de gribouille ». Il déclare : « Est-ce que vous êtes sûrs que dans un pays vieillissant, décroissant en population, est-ce que c'est le bon moment de dire on ne veut plus personne ? ». Il ajoute : « Qui va bosser dans ce pays ? Comment expliquer qu'autant de pays fassent le contraire de nous ? […] En quoi sommes-nous dérangés par des gens qui viennent et qui partagent nos valeurs ? ».
Laïcité et religions
Jean-Luc Mélenchon défend l'application de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État et propose l'abolition du régime concordataire en Alsace-Moselle. Il dénonce également le fait que le président de la République puisse accepter d'être nommé chanoine de Latran par le pape. Il vote en 2004 l'interdiction du voile à l’école, tout en dénonçant un débat « piégé » par les « instrumentalisations racistes ».
En 2010, commentant la décision du Nouveau Parti anticapitaliste de présenter une femme voilée aux élections régionales, Jean-Luc Mélenchon déclare : « le débat politique ne doit pas aller sur le terrain religieux. […] On ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale. […] En ce moment, on a le sentiment que les gens vont au-devant des stigmatisations : ils se stigmatisent eux-mêmes — car qu'est-ce que porter le voile, si ce n'est s'infliger un stigmate — et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes ». La même année, dans l'émission du 24 avril d'On n'est pas couché, il déclare à propos du port du voile : « Moi, je considère que c’est un traitement dégradant et je considère que c’est une provocation d’un certain nombre de milieux intégristes contre la République. Et par conséquent la République a gagné et elle va gagner encore une fois : ça sera interdit ».
Pendant la campagne présidentielle de 2017, invité de L'Émission politique, il réaffirme considérer le voile islamique comme un signe de soumission et le compare à un « chiffon sur la tête ».
Après les attentats de novembre 2015, il a déclaré dans un tweet : « Je conteste le terme d'islamophobie. On a le droit de ne pas aimer l'islam comme on a le droit de ne pas aimer le catholicisme. ». Le 7 janvier 2015, dans l'émission de Franz-Olivier Giesbert, Mélenchon déclare que : « C'est une erreur totale de confondre le racisme et islamophobie et on a le droit et même le devoir pour certains de faire la critique impitoyable des religions ».
En 2023, lors de l'interdiction du port de l'abaya à l'école, Mélenchon déplore cette mesure qu'il qualifie de nouvelle guerre de religion.
Condition animale
Il modifie ses pratiques alimentaires pour prendre en compte la « nécessité de réduire la consommation de protéines carnées et de soulager la souffrance animale ». L'association L214 le considère comme le seul candidat qui « agit pour les animaux » dans son évaluation des programmes des candidats à l'élection présidentielle de 2017, lui attribuant une note qui le place en tête des onze candidats.
Agriculture
Opposé à l'agriculture intensive et productiviste, Jean-Luc Mélenchon défend un modèle agricole alternatif d'agriculture paysanne. Il souhaite ainsi réduire l'utilisation des pesticides et favoriser l'agriculture biologique. Il vote pour l'interdiction du glyphosate à l'Assemblée nationale en 2018 et se dit favorable à l'interdiction immédiate des néonicotinoïdes.
Il envisage la création de 300 000 emplois agricoles et l'interdiction des fermes-usines ainsi que des pratiques comme l'élevage en batterie et le broyage des poussins.
Il souhaite renégocier la Politique agricole commune européenne afin de favoriser une production « écologiquement soutenable ».
Il propose également d'encadrer les prix alimentaires en fixant des prix maximaux par le biais d'un coefficient multiplicateur, tout en limitant les marges de la grande distribution. Il souhaite également garantir des prix rémunérateurs aux producteurs au moyen de prix planchers, interdire la vente à perte et mettre en place une caisse de défaisance pour reprendre les dettes agricoles des convertis au 100 % bio.
Jean-Luc Mélenchon propose la création d'un ministère chargé de la Production alimentaire. Ce ministère aurait pour mission d'établir des normes sur le sel, le sucre et les acides gras saturés dans les aliments transformés. Il propose de garantir en permanence l'accès à cinq fruits et légumes de saison à des prix bloqués.
Éducation et enseignement supérieur
Défenseur de la gratuité de l'université, Mélenchon propose également en 2017 de créer une allocation d’autonomie de 800 euros par mois pour les étudiants. Néanmoins, la mesure de gratuité de Mélenchon est critiquée par Arnaud Parienty, professeur de sciences économiques, qui la considère « décalée », étant donné qu'elle ne concerne que les universités, sans prendre en compte les frais de par exemple les écoles de commerce. Lors de la présidentielle de 2022, le candidat propose de nouveau une allocation pour les étudiants et élèves des lycées professionnels à 1 063 euros par mois. Cette mesure ainsi que l'extension du revenu de solidarité active sont critiquées par la droite qui dénonce une politique « d'assistanat ».
Jean-Luc Mélenchon s'oppose à la loi ORE à l'Assemblée nationale, qui pour lui instaure une « sélection » à l’entrée de l’université. Le député estime alors que les étudiants doivent avoir « la liberté de choisir personnellement les études ».
Enseignement des langues en France
Il est opposé « à ce que des groupes de locuteurs aient des droits particuliers », mais approuve « la pratique des langues régionales ». Ses prises de position sur l'enseignement de la langue bretonne par les écoles Diwan et le financement de ces écoles par l'État, ainsi que sur certains régionalistes bretons lui attirent l'opposition d'autonomistes bretons, de linguistes et de socialistes de la région Bretagne, qu'il avait accusés de favoriser les « autonomistes », lors de l'organisation de la Breizh Touch, en septembre 2007 à Paris.
En 2012, Jean-Luc Mélenchon signe la pétition pour l'admission de l'espéranto comme langue facultative au baccalauréat.
Créolisation
Jean-Luc Mélenchon évoque en septembre 2020 le concept de créolisation du philosophe Édouard Glissant, « métissage d'arts ou de langages qui produit de l'inattendu », permettant de « se transformer de façon continue sans se perdre », qui a unifié les populations antillaises dans une culture commune, éloignée du « multiculturalisme identitaire, qui enferme chaque individu dans sa couleur de peau ». Pour lui ce n'est ni un souhait ni un projet mais « un constat, une analyse de la réalité », sous forme de « chaînon manquant entre l’universalisme et la réalité vécue qui le dément », qui amende une vision de l'universalisme trop « abstraite ». Ce concept « n’a rien à voir avec les religions, qui ne se créolisent pas », mais cherchent au contraire à ne pas se mélanger car « elles sont un dogme ». Il est critiqué par la droite et l'extrême droite qui considèrent au contraire qu'il s'agit de communautarisme et se réclament de l'assimilation comme principe universaliste.
Le média Les Jours relève néanmoins que Mélenchon, dans sa volonté d'en faire un contrepoids aux idées xénophobes et notamment à la théorie complotiste du « grand remplacement » portée par le candidat d'extrême droite Éric Zemmour, en édulcore plusieurs aspects. Il ne comprendrait ainsi le concept que comme le fait de voir sous un jour positif l'augmentation supposée de la proportion d'individus d'origine étrangère, la même augmentation qui est utilisée par les théoriciens dudit grand remplacement pour fonder leur doctrine. Le même média estime que l'objectif du leader de la France insoumise serait de « réconcilier son universalisme et l'indigénisme qui grandit au sein de La France insoumise ». Ainsi, Loïc Céry, directeur du Centre international d’études Édouard Glissant, salue la popularisation du terme par Mélenchon tout en soulignant ses paradoxes :
« Jean-Luc Mélenchon simplifie peut-être la pensée d’Édouard Glissant mais il y est fidèle et ne fait pas de mauvaise interprétation. [Mais] on ne peut pas se réclamer de la créolisation et admettre l’existence de réunions non-mixtes. Glissant était pour le dialogue et contre l’interdit de la rencontre. Ayant vécu longuement aux États-Unis, il était par ailleurs très critique du modèle multiculturaliste américain où les communautés sont juxtaposées »
— Nicolas Cori, Créolisation : Mélenchon en terrain Glissant.
Politique étrangère
Union européenne
Affirmant avoir « passé presque dix ans à mener un combat fédéraliste au niveau européen avec la gauche du SPD allemand pour aboutir à une assemblée constituante », Jean-Luc Mélenchon assume, en particulier depuis l'échec du Front de gauche et les conséquences du référendum grec de 2015, une doctrine souverainiste, estimant que l'orientation libérale de l'Union européenne est « désormais irréversible » : Le HuffPost évoque un « souverainisme altermondialiste, inspiré des nationalismes de gauche latino-américains », et précise que si sa pensée « exclut tout ethnicisme et revendique les valeurs universalistes de la France, elle rompt avec la tradition internationaliste de l'extrême gauche ». Jean-Luc Mélenchon dit assumer le terme de souverainiste « du moment que lorsqu’on parle de souverainisme, on entend bien qu’il s’agit de la souveraineté du peuple ».
Pour Jean-Luc Mélenchon, « les traités européens détruisent l’Europe » : il critique un « mode d'organisation » où, selon lui, « les nations, les travailleurs sont mis en compétition les uns avec les autres ». Il propose de renégocier les traités, ce qui constitue son « plan A », ou bien en cas d'échec, de ne pas appliquer les traités contraires aux intérêts de la France, ce qui constitue son « plan B ».
Le plan A prévoit de mettre fin au dumping « par une politique volontariste et rapide d’harmonisation sociale et fiscale par le haut dans toute l’UE avec inscription d’une clause de non-régression des droits sociaux ». Pour LCI, ce plan A consiste à « refonder l’Union européenne de manière plus démocratique, sociale et écologique ». Le plan A comprend notamment les mesures suivantes : abandon des règles budgétaires qui fondent l'euro, fin de l’indépendance de la Banque centrale européenne, arrêt de la libéralisation des services publics, mise en place d'un protectionnisme solidaire, régulation de la finance avec l'interdiction des instruments financiers toxiques et le contrôle des mouvements de capitaux.
Le plan B prévoit entre autres la réquisition de la Banque de France, l'arrêt de la contribution de la France au budget de l'Union européenne et la mise en place d'« un contrôle des capitaux et des marchandises aux frontières nationales pour éviter l'évasion fiscale des plus riches et des grands groupes ». Cette sortie de l'Union européenne par le plan B serait unilatérale ou avec un petit groupe de pays, ce qui permettrait de « rebâtir un nouveau projet européen » : « On part avec ceux qui sont d’accord avec nous et on fait autre chose. La France n’est pas pieds et poings liés à l’Union européenne. Nous avons d’autres environnements possibles, l’Europe de la Méditerranée, ce n’est pas rien ».







