Il s'agit des premières élections depuis les attaques du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023. Elles surviennent dans le contexte d'une extrême instabilité politique au Moyen-Orient, marquée par la guerre de Gaza mais aussi celle d'Iran. Ces bouleversements géopolitiques provoquent une profonde transformation du paysage politique israélien. Le Premier ministre sortant Benyamin Netanyahou, à la tête du gouvernement Netanyahou VI, est visé par des accusations de génocide à Gaza et un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale.
Contexte
Les élections législatives de 2022 voient le Likoud de Benyamin Netanyahou arriver en tête avec 32 sièges. Celui-ci constitue une coalition avec plusieurs partis d'extrême droite (dont le Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich et Otzma Yehudit d'Itamar Ben-Gvir, qui représentaient 14 sièges au total) et d'ultraorthodoxes. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou est officiellement formé en décembre 2022.
Le 20 avril 2023, le président de la Commission électorale centrale d'Israël, le juge de la Cour suprême d'Israël Noam Sohlberg (en), fixe la date limite pour la tenue de nouvelles élections au 27 octobre 2026.
Le 12 juillet 2026, la Knesset fixe la date des élections au 27 octobre. La législature sortante étant appelée à aller jusqu’au terme de son mandat (une première depuis quarante ans) et les élections étant déjà fixées par la loi au 27 octobre, sans qu’il soit envisagé d’écourter le mandat de la Knesset, il n’est pas nécessaire d’adopter une « loi de dissolution » de la Knesset.
Le 7 octobre 2023, l'attaque du Hamas contre Israël marque le début de la guerre de Gaza. Elle s'étend ensuite, en 2024, 2025 et 2026 à d'autres pays du Moyen-Orient. Israël a ainsi mené une guerre contre le Hezbollah au Liban, occupant une partie du pays, deux guerres contre l'Iran (en 2025 puis en 2026), intensifié la colonisation de la Cisjordanie et occupé près de 70 % de la bande de Gaza, déclenché des campagnes de bombardements aériens sur le Yémen, dans la partie contrôlée par les Houthis, et sur la Syrie, élargissant également sa zone d'occupation en Syrie. Israël a par ailleurs mené des frappes occasionnelles sur l'Irak et le Qatar, portant à sept le nombre de pays frappés par l'armée israélienne depuis 2023.
L'absence d'enquête indépendante sur les responsabilités dans ce désastre sont toujours un élément majeur de division en Israël avant les élections d'octobre 2026. La politique du gouvernement en Cisjordanie vis-à-vis des violences commises contre les Palestiniens par des colons, les faits d'avoir toléré le soutien financier du Qatar à la bande de Gaza et d'avoir ignoré les plans de guerre du Hamas, sa politique vis-à-vis des ultraorthodoxes, sa tentative de réforme du pouvoir judiciaire et la nomination de suprématistes juifs à des postes ministériels sont des enjeux majeurs de la campagne électorale. Et même si l'opinion israélienne semble reprocher à Netanyahou de mener une « guerre sans fin », les sondages d'octobre 2026 laissent présager des résultats électoraux extrêmement serrés.
Mode de scrutin
Israël est doté d'un parlement unicaméral, la Knesset, dont les 120 sièges sont pourvus tous les quatre ans, au plus tard le troisième mardi du mois hébraïque de heshvan, au scrutin proportionnel plurinominal avec listes bloquées et seuil électoral de 3,25 % dans une seule circonscription nationale. Après décompte des voix, les sièges sont répartis à la proportionnelle aux candidats de tous les partis ayant franchi ce seuil, une première fois sur la base du quotient simple, puis pour les sièges restants selon la méthode de la plus forte moyenne, connue en Israël sous le nom de « Méthode de Bader–Ofer ».
La loi électorale prévoit cependant la possibilité pour deux partis de signer un accord d'apparentement avant les élections, ce qui leur permet alors d'augmenter leur chance de se voir attribuer un siège lors du calcul de la répartition des sièges restants.
Forces en présence
Le tableau ci-dessous présente les principaux partis ou coalitions en lice pour le scrutin. Certains partis mineurs des coalitions peuvent ne pas y être représentés.
Campagne
Aucune des douze principales têtes de liste n’est une femme. Dans l’assemblée sortante, elles représentaient 24 % des députés.
Deux blocs principaux s’affrontent lors de cette campagne électorale, l'un soutenant Benyamin Netanyahou et l'autre s'y opposant.
Coalition pro-Netanyahou
La coalition sortante de Benyamin Netanyahou, qui cumule plus de dix-huit années comme chef de gouvernement, défend une vision d'expansion territoriale, religieuse et conservatrice, sur le plan sociétal et diplomatique, et libérale sur le plan économique. Le Likoud a organisé une primaire pour désigner certains de ses candidats au Parlement, tandis que d'autres sont choisis par le premier ministre lui-même. Le Likoud a mené une campagne très offensive contre la gauche et les partis représentant les Arabes israéliens, les décrivant comme des ennemis de l'intérieur. Il a aussi réclamé la poursuite des guerres et défendu la poursuite de l’annexion de la Cisjordanie.
La campagne a été marquée par la division de la coalition gouvernementale. Les partis d'extrême droite Otzma Yehudit, du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, et le Parti sioniste religieux, du ministre des Finances Bezalel Smotrich, n'ont pas formé de liste commune contrairement aux élections de 2021. En outre, un nouveau parti d'extrême droite, Amcha Yisrael (« Ton peuple, Israël »), dirigé par Ofer Winter, un ex-général partisan de l’expulsion de tous les habitants de la bande de Gaza, a fait son apparition durant la campagne. Itamar Ben-Gvir s'est distingué par ses déclarations radicales à l'égard des Palestiniens, appelant à la mi-août à tuer « 30 ou 40 » personnes chaque nuit à Gaza : « Pas seulement ceux qui représentent une menace immédiate : il y a là-bas des gens qui ne méritent pas de vivre. Ils ne devraient pas vivre. Ce ne sont même pas des êtres humains ». Il a fait des conditions de détention extrêmement sévères des Palestiniens, dont il a la responsabilité en tant que ministre de la Sécurité, un argument électoral pendant la campagne, diffusant sur ses réseaux sociaux des témoignages de détenus faisant état de traitements cruels. Bezalel Smotrich a pour sa part promis de « judaïser » la Galilée et le Néguev, deux régions d’Israël où vivent une large partie des Arabes israéliens, et d'intensifier la colonisation des territoires palestiniens occupés mais est affaibli par son refus d'abroger les privilèges dont disposent les haredim, les étudiants ultraorthodoxes, qui n'ont pas à servir dans l'armée.
Otzma Yehudit progresse dans les sondages tandis que le Parti sioniste religieux se voit menacer de passer sous le seuil électoral de 3,25 % des suffrages, nécessaire pour obtenir des élus. Face à ce risque, qui pourrait précipiter la chute du gouvernement, Netanyahou a appelé les deux partis à s'unir, ce qu'a refusé Ben-Gvir. Selon des analystes israéliens, ce dernier pourrait chercher à se positionner comme le nouveau chef de file de la droite radicale dans l’hypothèse d’une défaite de la coalition pro-Nétanyahou aux élections et de l'affaiblissement de ses rivaux au sein de cette mouvance. Le Parti sioniste religieux s'allie finalement avec le Zehout (« Identité »), un petit parti d'extrême droite qui recueilliait entre 1 et 2 % des voix dans les sondages, pour tenter de rester au-dessus du seuil électoral.
Opposition à Netanyahou
L’opposition rassemble des partis assez différents allant de la gauche (Les Démocrates, conduits par Yaïr Golan) jusqu’à l'extrême droite (Israël Beitenou, d’Avigdor Liberman), unis par le rejet de la personnalité et des méthodes de Nétanyahou. Naftali Bennett, ancien premier ministre issu de l’extrême droite religieuse, et Gadi Eizenkot, ancien chef d’état-major de l’armée, apparaissent comme les principaux chefs de file de l'opposition. En dehors de Yaïr Golan, qui ne l’exclut pas à long terme, l'opposition rejette également toute perspective d’un État palestinien. Elle soutient la poursuite de la colonisation en Cisjordanie.
Début mai 2026, Naftali Bennett et Yaïr Lapid annoncent fusionner leurs partis respectifs dans une nouvelle coalition, Ensemble (Beyahad). Contrairement à 2021 où la coalition de gouvernement incluait la Liste arabe unie (Ra'am), les deux ex-Premiers ministres refusent de s'allier à des partis arabes.
Concernant les guerres menées à Gaza, contre le Liban et contre l'Iran, la plupart des partis d’opposition en soutiennent le principe, mais critiquent la manière dont elles ont été menées. Seul le Hadash s'est opposé à la guerre.
Controverses
Benyamin Nétanyahou a principalement fait campagne sur la peur de la gauche et des partis arabes. Sur les réseaux sociaux, il a publié de nombreuses vidéos créées par intelligence artificielle mettant en scène la proximité supposée entre ses adversaires et les partis arabes. Alors que le Likoud est en recul dans les sondages, cette stratégie serait inefficace selon le politologue israélien Yossi Shain, qui souligne que plusieurs dirigeants de la coalition d'opposition comme Avigdor Liberman et Naftali Bennett sont eux-mêmes d'extrême droite et anti-arabes. Sara Netanyahou, épouse et conseillère du Premier ministre, a par ailleurs suggéré que Yaïr Golan, dirigeant du parti d'opposition Les Démocrates, avait été informé à l'avance de l'attaque du Hamas d'octobre 2023, ce qui suscite un tollé et oblige le premier ministre à démentir lui-même cette accusation.
Le 8 septembre 2026, dernier jour pour le dépôt des listes de candidats aux élections législatives, Haaretz publie un article selon lequel Netanyahou aurait été informé au cours de la dernière semaine de septembre 2023 d'une attaque imminente par le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed. Cet article suscite immédiatement des critiques de l'opposition envers Netanyahou, tandis que celui-ci réagit en déposant une plainte en diffamation contre Haaretz. En Israël, des figures comme Naftali Bennett, Gadi Eisenkot et Yaïr Golan réclament des comptes. Plusieurs opposants réclament aussi une enquête indépendante sur le sujet. Les révélations de Shlomi Eldar (en) et Ruth Yuval (he) sont compilées dans leur livre Otages : 843 jours d'abandon.
La polémique quant au degré de connaissance d'une possible attaque du Hamas que pouvait avoir le Premier ministre se poursuit le 29 septembre 2026 quand Ronen Bar, ancien chef du Shin Bet annonce qu'il va poursuivre Netanyahou pour avoir dit qu’il lui avait caché des avertissements avant le 7 octobre.
Le 18 octobre, le président américain, Donald Trump, apporte son « SOUTIEN TOTAL » à Netanyahou, qui l'en remercie. Gadi Eisenkot réagit en déclarant : « J’ai un grand respect pour le président américain. Toutefois, Israël est une démocratie et les citoyens israéliens sont les seuls à décider qui sera le Premier ministre. »
Disqualification et retrait de listes électorales
Le 23 septembre 2026, la Commission électorale centrale d'Israël, composée de membres de la Knesset, proportionnellement au poids de leur groupe dans la Knesset sortante, disqualifie deux listes : la Liste arabe unie et la Liste unifiée (dont spécifiquement deux de ses candidats : le chef du Balad Sami Abu Shehadeh (en) et le député du Hadash Ofer Cassif), parce qu'elles nieraient l'existence d'Israël et soutiendraient les ennemis d'Israël. Concernant Sami Abu Shehadeh, sa disqualification est justifiée par un article écrit le 8 octobre 2023 dans lequel il décrivait l'attaque du 7 octobre comme « un événement historique majeur sur les plans militaire, politique et stratégique ». Bien qu'il ait indiqué que « le Hamas, en tant qu'organisation, commet de nombreux actes terroristes », la Cour suprême israélienne lui conseille le 1er octobre de se retirer de l’élection, sans quoi elle pourrait valider sa disqualification, ce qu’il accepte de faire. Ainsi sa disqualification est jugée sans objet, tandis que les autres disqualifications décrétées par la Commission électorale centrale sont invalidées par la Cour suprême le 2 octobre.
Le 19 octobre, Benny Gantz annonce que son parti Bleu et blanc se retire de la compétition électorale, celui-ci ne recueillant qu'autour d'1 % des voix dans les sondages, loin des 3,25 % nécessaires pour intégrer la Knesset.
Question palestinienne
Alors que le clivage politique israélien a longtemps tourné autour du processus de paix et des rapports entretenus avec les Palestiniens, ces questions sont presque complètement absentes de la campagne. Depuis la guerre de Gaza, la question palestinienne semble ainsi être totalement dissociée de l'avenir d’Israël.
Israël impose un bouclage de la Cisjordanie le jour des élections israéliennes.
Analyse et conséquences
La participation s'avère extrêmement forte, s'élevant selon les chiffres provisoires à 77,7%, contre 70,6 % en 2022. Il s'agit du taux de participation le plus élevé depuis les élections de 1999.
Le Likoud de Benyamin Netanyahou arrive en tête des formations politiques, avec 27 sièges, devant Yashar, dirigé par Gadi Eizenkot, qui en remporte 21. Ils font cependant apparaître un recul du bloc soutenant le Premier ministre sortant, ainsi qu'une progression importante des partis arabes. Les premières données du dépouillement confirment ces tendances générales. Le bloc soutenant le Premier ministre sortant obtient 53 sièges, contre 64 lors des élections de 2022, tandis que les quatre principales formations d'opposition non arabes réunissent 48 sièges. Le Shas, membre de la coalition sortante, passe notamment de 11 à 6 députés.
Les partis arabes enregistrent quant à eux une progression importante. La Liste unifiée, rassemblant Hadash, Ta'al et Balad, et la Liste arabe unie (Ra'am) obtiendraient ensemble 19 sièges, contre 10 lors du précédent scrutin. Il s'agirait d'un record pour les formations arabes, dépassant les 15 sièges remportés en 2020.
Ces résultats ne permettent à aucun des deux principaux blocs politiques d'atteindre seul la majorité absolue de 61 sièges à la Knesset. La formation d'un gouvernement dépend ainsi des négociations entre les différentes formations parlementaires. Le dépouillement des suffrages restants, dont ceux des électeurs votant sous doubles enveloppes (électeurs autorisés à voter en dehors de leur bureau de vote habituel, comme les soldats), doit encore être achevé avant la proclamation des résultats définitifs.
Au lendemain du scrutin, les dirigeants des partis arabes réitèrent leur volonté de contribuer à la formation d'un gouvernement alternatif. Mansour Abbas, dirigeant de Ra'am, se déclare disposé à envisager une participation gouvernementale, rappelant le précédent de la coalition Bennett-Lapid de 2021. De son côté, Yousef Jabareen, à la tête de la Liste unifiée, propose une coopération politique avec l'opposition, éventuellement sous la forme d'un soutien parlementaire extérieur. Yaïr Golan renouvelle son appel à un gouvernement associant les représentants arabes.
Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a appelé le lendemain du scrutin à arrêter les dirigeants des partis arabes après leur score historique. Le Likoud du Premier ministre Nétanyahou a accusé les partis arabes d'avoir « volé les élections ». Le président de la commission électorale centrale, Noam Sohlberg, a demandé au Shin Bet de lancer une enquête sur d’éventuelles ingérences étrangères visant à encourager le vote des Arabes israéliens. Selon Le Monde, la délégitimation du vote des Israéliens issus de la minorité arabe est « une constante chez Benyamin Nétanyahou ».
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